Kidd Pivot – Dark Matters

Kidd Pivot

Dark Matters

Dans le cadre du Festival de danse du Pour-cent culturel Migros STEPS

Dans Dark Matters, Crystal Pite, originaire du Canada, s’appuie sur le texte que Heinrich von Kleist a consacré au théâtre de marionnettes pour aborder un archétype de la danse: la poupée, modèle de perfection et de beauté. Lors de cette soirée en deux parties, il y aura d’abord du théâtre, ensuite de la danse. La réflexion en filigrane au sujet de l’homme et des marionnettes a suscité l’enthousiasme du public et de la presse lors de la première au Frankfurter Mousonturm.

Dans son essai «Sur le théâtre de marionnettes», Heinrich von Kleist décrit la fascination qu’exerce la poupée en sa qualité de modèle de perfection et de beauté. Ce texte est à la base de cette relation d’amour complexe qui se tisse entre l’homme et sa créature. Dans un style féérique emprunté au cinéma, un marionnettiste crée sa poupée qui prend des traits humains. Ce qui commence avec tendresse, se termine par la mort et une catastrophe.

«Des danseurs enflammés, d’une élégance à la fois énergique et légère et des gestes étudiés avec minutie sont d’une telle précision qu’ils reconquièrent d’un coup toute la liberté inhérente à la danse.»
Frankfurter Allgemeine Zeitung

Production: Kidd Pivot Frankfurt a.M. / Première: 5 mai 2009, Künstlerhaus Mousonturm, Frankfurt a.M.

Samedi 28 avril à 20h30

Michèle Guigon – La vie va où?

J’aurais pu faire médecine. J’ai fait malade.
Un faisceau de lumière. Avec malice et tendresse, elle se raconte. Une vie, des épreuves. Elle joue, passe du « je » au « jeu ». Elle se promène parmi les petites choses, fait des splendeurs avec des banalités, raconte l’enfance, les mauvaises surprises et les méchantes glissades, et gagne par le rire un peu de terrain sur l’effroi : « Ah, ben oui, on va parler de la vie, donc de la mort, de la maladie, de la vieillesse, on va bien se marrer ! » L’absurde l’emporte toujours : « Combien peut valoir la lettre k dans le scrabble finlandais ? »
En 2007, la comédienne apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Michèle Guigon et son corps attaquent la maladie, de front. Elle en fera l’un des sujets de son spectacle. Par les mots, transformer le mal : « Si on prend soin d’eux les mots nous soignent. » Et rire toujours. Toutes peurs piétinées, elle chante son hymne à la vie retrouvée. Et l’amour, « pourquoi c’est quand il est vide que le coeur est lourd ? » Un tabouret pour seul décor, son accordéon pour unique accessoire. Aucun effet sur le plateau. L’essentiel est dans le regard, les mots, le sourire. Cela suffit absolument.
À quatorze ans, elle entend les mots déterminants de Maïakovski : « Si je ne suis moi, qui d’autre le sera ? » Elle participe plusieurs années à l’aventure du théâtre de Jérôme Deschamps, fonde la Compagnie du P’tit Matin avec Anne Artigau, devient lauréate de la Villa Médicis Hors-les-murs. Vivre pour vivre et être soi-même seront ses seuls projets, elle en fera toutes sortes de spectacles. La comédienne, avec ses complices Anne Artigau et Susy Firth, part à sa recherche du temps perdu. Modeste, tendre et mordante, elle tord le cou aux peurs ; peur des mots, des cancers en tout genre et autres monstres intérieurs ou d’ailleurs. Elle trouve toujours comment faire pour en rire, en sourire, (s’)en jouer.

© Théâtre du Rond-Point

Donka, une lettre à Tchékhov

« J’ai décidé de découvrir Tchekhov en cherchant dans sa vie, entre les pages de ses écrits et ailleurs. J’ai pensé donner une forme aux silences contenus dans ses notes et dans ses journaux et créer des images en partant de ses annotations. Je viens d’un théâtre profondément imprégné du langage des clowns, des jongleurs, du monde délicat et magique de l’acrobatie. C’est ainsi que je raconterai Tchekhov. »

Daniele Finzi Pasca, metteur en scène

La magie du cirque rend hommage à Tchekhov – romancier, dramaturge, mais aussi médecin et grand amateur de femmes – dans cet éblouissant voyage acrobatique, théâtral et musical. Donka est la dernière création de Daniele Finzi Pasca, metteur en scène dont la renommée traverse la scène internationale, auteur entre autres des spectacles Nomade, Rain et Nebbia du Cirque Éloize, et de Corteo du Cirque du Soleil.

Donka est le nom russe d’une clochette attachée au fil d’une canne à pêche,
qui sonne lorsque le poisson mord. Tchekhov adorait pêcher. Il s’agissait
pour lui d’un moment méditatif.

Finzi Pasca, fasciné par cette image, pêche dans cet étang fantastique du cirque pour donner vie à ce poème en images où les objets et les corps se retrouvent en suspension. Une distribution internationale de comédiens, de clowns, de musiciens, de danseurs et d’acrobates foule la scène pour faire vivre ces images au son d’une musique originale composée par Maria Bonzanigo, rappelant la lointaine Russie.

Cirque-Théâtre Elbeuf

Au Théâtre du Crochetan, les 1, 2 e 3 mars 2012 à 20h30

Rés. 024 471 62 67

www.crochetan.ch

Winterreise, de Franz Schubert

Dimanche 5 février 2012 à 17h

Piano: Didier Puntos

Baryton: Philippe Cantor

 A propos du Winterreise

« Fremd bin ich eingezogen, Fremd zieh ich wieder aus » « En étranger je suis venu, en
étranger je repars. » Tels sont les mots sur lesquels s’ouvre le cycle du Voyage d’hiver.
« Wunderlicher Alter, soll ich mit dir gehn ? » « Etrange vieillard, dois-je partir avec toi? » en
est l’interrogation finale. Entre les deux, il n’est question que de marche, que d’errance.

Comme l’analyse très justement Arnold Feil dans son étude du Winterreise, le texte du cycle  de Wilhelm MÜLLER ne décrit aucune action, et SCHUBERT en tient compte. Dans ces  Lieder, il circonscrit musicalement une sorte d’état ; et le principal moyen qu’il utilise consiste à conduire le mouvement musical, non pas de l’avant, mais pour ainsi dire en rond, conformément au texte. Malgré le « mouvement de marche » du premier Lied, rien n’y prend le départ. A sa manière, chaque Lied semble sans issue, condamné à tourner en rond. De nombreux éléments contribuent à cet effet, mais il en est un qui joue un rôle prépondérant : les postludes répètent les préludes, comme s’il ne s’était rien passé, comme si la composition, et par conséquent le voyageur lui-même, n’avaient pas bougé d’un pouce (16 Lieder sur les 24 se terminent comme ils ont commencé) et les autres souvent s’achèvent sans conclure : CE VOYAGE N’A PAS DE BUT ! La seule volonté du voyageur est de fuir, tenter d’oublier par la fuite un passé synonyme d’amour impossible, raté, trahi peut-être ; fuir désespérément l’image même d’un bonheur qui n’est plus ; tentatives vaines malgré sa volonté de trouver remède dans l’épuisement physique, mental, à la lisière de la folie, la pensée suicidaire. Tous les chemins sont exploités. « Eine Strasse muss ich gehen, die noch keiner ging zurück » « Il me faut emprunter une route dont nul n’est jamais revenu ». La fuite est inexorable, sans repos « und ich wandre sonder Massen, ohne Ruh » « et je marche sans trêve, sans me reposer » mais sans succès, jusqu’à la terrible prise de conscience de l’impossible guérison, (la volonté même de non-guérison ?) où le temps lui-même n’y change rien ! Der Leiermann, ultime Lied du Voyage d’hiver est l’incarnation d’une action intemporelle, détachée de l’Homme et de la nature humaine. Les éléments même de la composition musicale restent ici comme intemporellement informes. Telle une pièce de musique populaire, venue du fond des âges, le Lied repose sur un mouvement de ritournelle sans fin possible, presque mécanique, indépendant de l’homme et donc sans émotion. Le chant et l’accompagnement deviennent deux réalités différentes, également tangibles sur le
plan spatial. Les discours rythmiques se séparent ; la tonalité même comme fondement de
composition est ignorée : la désincarnation du voyageur atteint son paroxysme !

Cette volonté de dépouillement mélodique et pianistique, sans effet et incisif, est nouvelle
pour SCHUBERT. Elle est propre au traitement des poèmes de Voyage d’hiver. Pour la
plupart des Lieder, les plus sombres et réalistes, ceux qui correspondent à la fuite, il
abandonne volontairement son écriture pianistique habituellement chaleureuse et aérée. Il
est étonnant de constater qu’il revient à sa « pâte schubertienne habituelle » que lorsque le
poème évoque le souvenir du bonheur passé : Der Lindenbaum, Frühlingstraum ….
SCHUBERT était conscient de la noirceur de son propos : « … je vous chanterai un cycle de Lieder qui donnent le frisson. Ils m’ont plus affecté qu’aucun autre cycle auparavant ».

Le choix de notre interprétation reposera sur cette rigueur d’écriture et la confrontation des
différents styles Schubertiens. Il faudra éviter tout effet inutile – même si la tradition en a
véhiculé certains. Reprendre le texte musical au plus près. Ne pas chercher
systématiquement à exercer une émotion inappropriée par une variation forcée des couleurs et une exagération des tempi, dans un sens ou dans un autre, par crainte de monotonie. Respecter l’atmosphère fondamentale du texte poétique que SCHUBERT rattache un mouvement fondamental, afin d’amener l’auditeur dans une autre perception du temps – propre à la fonction même d’un cycle. L’émotion doit naître de la progression à l’intérieur de l’œuvre : ce mouvement de marche qui ne se concrétise jamais. Cette descente inéluctable dans la profondeur du désespoir jusqu’à l’absence même d’émotion. La voix dans sa plus simple et naturelle expression. Un piano rythmiquement moteur, sans pratique excessive de rubato ou ralentis, et surtout un travail sur les enchaînements et les moments de silence qui deviendront capital à la progression dramatique de ce voyage.

Philippe Cantor

L’Eveil du printemps vu par L’Humanité

La vie, l’amour, la mort pour un rituel initiatique…

Le metteur en scène colombien Omar Porras monte l’Éveil du printemps, de l’auteur allemand Frank Wedekind, une pièce, qui parue en 1891, n’a rien perdu de sa vérité.

Sur le chemin de l’école, ça chantonne, ça chahute. Rien de plus normal. En voilà un, Melchior, qui s’éloigne du groupe, premier refus, têtu, de se laisser happer par les autres. Besoin de s’isoler, de se plonger dans la lecture, de se réfugier dans les philosophes, de trouver, dans les mots, les raisons de son mal-être, de ses premiers émois, amoureux, sexuels. II est rejoint par Montz, bon dernier de la classe mais qui bûche nuit et jour pour ne pas décevoir ses parents. Entre eux deux, une sorte d’amitié qui ne dit pas son nom.

Le groupe se scinde en deux. D’un côté, les garçons. De l’autre, les filles. Face à eux, à leurs rêves de bonheur éternel, l’institution scolaire, l’institution religieuse. Éternels remparts qui se dressent depuis la nuit des temps sur le chemin de la vie. Avec, parfois, le silence complice des parents. Paru en 1891, créé en 1906 après avoir été interdit, L’Eveil du printemps, de Frank Wedekind, est une peinture d’une précision quasi chirurgicale des premiers troubles sexuels chez les jeunes gens (on ne disait pas, alors, adolescents), à la fois cruelle dans sa vérité et onirique dans sa puissance imaginative. Face à l’adversité, aux tabous, à la morale, ces jeunes gens semblent fragiles et forts, indécis et décidés, naïfs et retors. Le passage à l’âge adulte est parsemé d’obstacles. Certains vont le franchirs ans trop de casse, d’autres y laisseront leur peau. Moritz se suicidera Wendla mourra des suites d’une intervention d’une tricoteuse sur ordre de sa mère sans comprendre ce qui lui arrive.

Si la noirceur de la pièce est évidente, l’humour, la vie traversent avec force cette microtragédie dont l’universalité du propos n’est plus à démontrer et qui fut saluée, en son temps, par Freud lui-même. La mise en scène d’Omar Porras (qui a fondé et dirige le Teatro Malandro à Genève), alterne, au rythme des battements des coeurs de ces jeunes gens, des tableaux aux couleurs et éclairages inquiétants, des instants réalistes et d’autres symboliques, toute une gamme de variations esthétiques accompagnées d’une partition musicale qui donne une belle amplitude aux mots, les faisant résonner encore dans les silences. On est séduit par la grâce de ces jeunes acteurs, grimés, emperruqués, costumés, qui passent sur le plateau avec une légèreté enfantine, une insouciance communicative, une gravité qui convoque le rire et le recueillement dans un même mouvement avant que la vie ne reprenne le dessus et poursuive son chemin.

MARIE-JOSE SIRACH

L’éveil du printemps vu par Les Echos

Désirs (dé)bridés, apprentissage du sexe sur le « tas », onanisme, homosexualité, avortement, suicide… « L’Eveil du printemps », pièce sur l’adolescence écrite par Frank Wedekind, créa un tel scandale dans l’Allemagne de 1891 qu’elle ne put être représentée que sept ans plus tard… au siècle nouveau. Cent ans après, l’oeuvre sulfureuse de l’auteur de « Lulu » garde toute sa force corrosive, son caractère de fable initiatique et sa verve poétique. Metteur en scène incandescent, le Colombien Omar Porras en offre une lecture limpide au Théâtre 71 de Malakoff, dans une version ramassée, qui flirte avec l’opéra-ballet.

Dans les premières scènes, on est un peu dérouté par l’esthétique de conte naïf, musical et fantastique - on a peur que l’histoire de cette bande d’ados étouffés par leurs parents et professeurs vire au cartoon. Mais la magie à la Disney explose en vol et retombe vite en pluie noire. Le décor révèle sa troublante ambiguïté : entre forêt enchantée et loft en ruine. Les danses/cavalcades des personnages tournent au sabbat mélancolique. Les gamins enjoués étouffent leurs rires, laissent apparaître leurs failles. Les adultes évoluent comme des pantins monstrueux.

Pudique et âpre

Porras montre tout… et ne rate rien : les tourments du jeune puceau Moritz qui le mènent au suicide ; l’homme libre qui pointe chez Melchior ; l’innocence sexuelle et la sensualité de Wendla. La scène d’onanisme puis d’amour de Melchior avec Wendla dans une pénombre tachetée de soleil ; l’avortement de la jeune fille monté comme un film d’horreur ; le baiser de Hans et Otto sous une neige multicolore ; l’apparition du fantôme nu et blême de Moritz sont les morceaux de bravoure d’une mise en scène à la fois pudique et âpre, détournant avec grâce - et humour parfois -les codes expressionnistes.

Mais ce qui frappe le plus, c’est le rythme et l’énergie du spectacle : les jeunes comédiens formés à l’école physique et spirituelle de Porras éclairent l’action de leur force et de leur justesse. Le printemps irradie dans chacun de leur mots et de leurs gestes. Le texte de Wedekind devient une lave, qui submerge le vieux monde des adultes. Les ados d’aujourd’hui, dans la salle, ont compris le message, qui font un boucan de tous les diables aux rappels pour célébrer le « printemps » d’Omar.

PHILIPPE CHEVILLEY

Oh les Beaux jours vu par BSC News

Par Julie CadilhacBscnews.fr/ Crédit-photo: T.Grabherr/ Ô les Beaux jours est une pièce remarquable tant elle marie avec génie : l’optimisme chevillé au corps – « Ô quel beau jour ça aura été quand même! » – et la réalité terrible du vieillissement inexorable et du délabrement qui l’accompagne, l’absurdité de la vie et toute sa  poésie intrinsèque, l’ennui qui creuse les jours et la tendresse avec laquelle on est attaché à chaque seconde qui passe, les gestes concrets du quotidien et les élucubrations délirantes de la pensée….

C’est un texte qui s’apprivoise, respiration avec respiration, petit bonheur après petit bonheur, et l’on se rappelle cette phrase d’Anouilh prononcée par le vieux roi Créon usé d’essayer de convaincre de vivre son entêtée de nièce , trop jeune pour être capable de faire des concessions:  » Le bonheur est une petite chose que l’on grignote,assis par terre, au soleil « . Oui, cette pièce se grignote, là, avec un plaisir authentique: en compagnie de cette petite dame attachante, on sourit en connivence parce que la pudeur – il semble- assourdit les trop grands excès de rire, on écoute de toutes nos oreilles et c’est une joie de partager un moment de complicité avec cet être ni tout à fait réel ni tout à fait imaginaire.

Pour interpréter un monologue de cette envergure, il faut une comédienne d’exception. Après seulement quatre jours de représentation, Catherine Frot est déjà parfaite.  Sa Winnie est un personnage monté sur ressort, d’une pêche communicative et d’un dynamisme épatant malgré la terre qui entoure son tronc et l’englue dans le sol. Elle aimerait s’envoler, ne plus sentir le poids des lois de la gravité, s’autoriser une escapade loin de ce désert qui gagne du terrain autour d’elle. Avant que les mots ne perdent définitivement leur sens, avant -oui!- que ses derniers compagnons précieux eux-mêmes ne prennent congé, elle les fait tournoyer, virevolter, valser autour d’elle en histoires folles. Elle sait que lorsque Willie l’aura abandonnée à son dernier souffle de vie, lorsque Brownie, le pistolet qui pourrait délivrer, ne sera même plus accessible à ses doigts de même que son si merveilleux sac plein de trésors, il lui restera encore quelques temps le souffle extraordinaire des mots. Catherine Frot, formidablement dirigée par Marc Paquien, est terriblement touchante : drôle dans sa misérable humanité, tendre avec son Willie en même temps que délicieusement loufoque, nostalgique autant qu’épicurienne, elle nous donne une leçon de courage, de dignité; elle distille une énergie communicative et nous invite sous l’égide du grand Samuel Beckett  à oublier les pisse-froid, les rabat-joie qui disent  » A quoi ça rime…? » sans n’avoir jamais su à coup sûr ce que rimer veut dire…

« Dans une étendue désertique d’herbe brûlée se dresse un petit mamelon aux pentes douces dans lequel Winnie est enterrée, d’abord jusqu’au-dessus de la taille. Winnie se souvient qu’en la voyant, un passant s’était demandé : «  À quoi ça rime ? … fourrée jusqu’aux nénés dans le pissenlit… ça signifie quoi ? ” ( Samuel Beckett, Ô les beaux jours – Editions de Minuit)

Ô les Beaux Jours de Beckett

Mise en scène: Marc Paquien

Avec Catherine Frot et Pierre Banderet

Décor: Gérard Didier
Lumière Dominique Bruguière
Costumes Claire Risterucci
Maquillages Cécile Kretschmar

Le 26 mai 2012 au Théâtre du Crochetan, Monthey, Suisse. Rés. +41 (0) 24 471 62 67 et www.crochetan.ch

Hänsel et Gretel vu par la TSR et Le Temps

Interview et extraits du spectacle, TSR, le 16.12.2011. Cliquez ICI

 

Critique du Temps, le 24.12.2011

Les frères Grimm ou l’appétit de vivre

Khadidja Sahli

Critique de «Hänsel et Gretel» au Petit Théâtre de Lausanne

Hänsel et Gretel avalent leur soupe en silence. Lui porte un pyjama, elle une jupette à carreaux. Sur la scène du Petit Théâtre, tout est gris, les corps comme les esprits. Derrière une table nue sur un plan incliné, les parents et leurs enfants; autour d’eux, des planches dressées vers le ciel dessinent les parois d’un modeste logis. C’est un huis clos, le drame couve.

Ces enfants-là, ce sont ceux des frères Grimm. Ils ont faim et réclament leur dû haut et fort. Mais leur cri n’est pas teinté de désespoir. Il résonne comme un acte de foi. Cet appétit de vivre, c’est ce que le metteur en scène Cédric Dorier insuffle au conte. Il ne transpose pas seulement l’histoire des Frères Grimm, affirmant que ce drame est d’hier comme d’aujourd’hui. Il en réactive aussi la cruauté. Et si on est pris, c’est que les acteurs ne contrefont pas l’enfance, ils la revivent à corps perdu.

Cette qualité d’émotion, c’est celle que transmettent dans les rôles principaux Pascale Güdel et Cédric Simon, deux jeunes comédiens. On tremble avec eux. Cette scène par exemple: Hänsel et Gretel captifs de la rumeur des bois. Autour d’eux, des arbres gigantesques – les planches du début sont devenues des troncs. Sous la tente qui les abrite, leurs cœurs palpitent dans un halo de lumière. L’image est aussi belle que simple.

La nuit voulue par Cédric Dorier et l’auteur franco-québécois Denis Lavalou est trouble. De cet effroi, on dira qu’il est presque doux. Christian Robert-Charrue et Christiane Sordet, respectivement dans les rôles du marchand de sable et de l’ensorceleuse, injectent une malice tendre dans la partition. Il faut entendre Christiane Sordet appâter les enfants en chansons – texte et musique de Daniel Perrin, parfaitement intégrés à l’action. A la fin, au bord de la scène comme en bordure de fiction, apparaît la fameuse maison en pain d’épice. Et si on avait rêvé?

Au Crochetan le dimanche 29 janvier 2012 à 17h00