LES NOUVEAUX MONSTRES ET LE VALAIS EN IMAGES

FLIRT AVEC L’ART BRUT 

 Ces deux-là sont des trouble-fêtes, à une époque où le jazz a tendance à se mordiller l’arrière-train. Libération

Ces deux-là, ce sont les Nouveaux Monstres, alias Léon Francioli à la contrebasse et au piano et Daniel Bourquin au saxophone et à la clarinette. Un duo qui depuis 30 ans souffle sa liberté et ses airs d’équilibriste à travers le continent jazz et le monde. Ils sont les rois de l’improvisation et savent donner à leurs spectacles une atmosphère hypnotique, piquée d’humour, de générosité et d’une sensibilité chavirante. Quand on les écoute, on a la chair de poule et le sourire aux lèvres.
Samedi 29 septembre, à 20h30, ils seront sur la scène du Crochetan avec Ex aequo, leur dernière création. Leur vœu : « Raconter la pluie, la terre, le ciel et le « sous terre » , en ayant un peu en tête le Voyage au centre de la terre de Jules Verne », disent-ils.
Pour cela, ils s’inspirent des œuvres picturales des résidents de la Fondation lausannoise Eben-Hézer, une institution pour personnes vivant avec un handicap ou en perte d’autonomie. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, qu’ils travaillent à partir d’une matière graphique. IIs avaient collaboré avec le dessinateur de presse Raymond Burki, dans Notre état dans le monde et dans Amnésie internationale, ils utilisaient des photographies et des dessins de presse.
Dans Ex aequo, chaque œuvre choisie inspire une musique et la musique, à son tour, épouse chacune d’elles. L’union cosmique a lieu. Naît alors ce spectacle audiovisuel halluciné, ce dialogue entre la normalité et le handicap.  » Et depuis, avec plaisir, notre conscience fait des heures supplémentaires »  lâchent ces monstres hédonistes, tandis que la nôtre – de conscience – s’apprête à suivre le chemin de cette déroute poétique, sonore et hautement visuelle.

Composition, contrebasse, piano Léon Francioli
Saxophones, clarinette basse Daniel Bourquin
Son Antoine Petroff
Lumières Erik Zolliker

 

LE VALAIS EN PHOTOGRAPHIES ET EN NUANCES  

Visuelle sera définitivement cette fin de semaine. Ce même samedi, à 17h30, à la Galerie du Crochetan, se vernit l’exposition de photographies Nuance, une proposition de l’enquête photographique valaisanne/eq2.
Dix photographes valaisans, suisses et français ont capturé le Valais sous divers angles. Il en résulte un portrait nuancé et parfois insolite de ce canton. Une invitation à regarder autrement ce qui nous entoure.

Avec les photographes
Raphaël Delaloye, Michel Delaunay, Matthieu Gafsou, Robert Hofer, Julie Langenegger Lachance, Mélanie Rouiller, François Schaer, Daniel Stucki, Pierre Vallet, Caroline Wagschal

Un catalogue est édité à cette occasion. En vente au théâtre, Sfr. 18.-

Photographie ci-dessus :
Canon à neige,Vercorin
Tiré de la série D’une eau à l’autre
©François Schaer
Pour en savoir plus sur eq2

Galerie du Crochetan
Exposition ouverte jusqu’au 30 novembre
Lu – ve 9h-12h / 14h-18h et les soirs de représentation
Entrée libre

Chris Rain ou les réminiscences d’un univers féérique et inquiétant

Exposition de photographies

Théâtre du Crochetan (Monthey, Suisse) Du 16 septembre au 3 novembre 2011

Rue du Théâtre 6 – 1870 Monthey (Suisse)   Site : www.crochetan.ch/

lundi-vendredi, 9h – 12h, 14h – 18h et les soirs de spectacles 14h – 23h/minuit

Vernissage le 16 septembre 2011 à 18h

 

Musée de Bagnes (Le Châble, Suisse) Du 1er octobre au 6 novembre 2011

Rue de Clouchèvre 30, 1934 Le Châble (Suisse)   Site : www.museedebagnes.ch/

mercredi-dimanche, 14h – 18h

Vernissage le 1er octobre 2011 à 17h

 Chris Rain, I am the snow série débutée en 2008 Photographie analogique développée par le photographe et tirée sur papier Hahnemühle 325 Format carré 40 x 40 cm © Chris Rain
Chris Rain, I am the snow, série débutée en 2008. Photographie analogique développée par le photographe et tirée sur papier Hahnemühle 325. Format carré 40 x 40 cm © Chris Rain

Exposition / Photographie

Dans le cadre de Label’Art 2011, Triennale d’art contemporain en Valais (Suisse), sur le thème de la différence, la Galerie du Crochetan, (Monthey, Suisse) et le Musée de Bagnes (Le Châble, Suisse) ont le plaisir de présenter pour la première fois en Suisse, le travail photographique de Chris Rain, jeune photographe italien de renommée internationale.

Dans la lignée du cinéma expressionniste allemand et du surréalisme, à la lisière entre matérialité et fantastique, les photographies de Chris Rain touchent au domaine de l’impalpable. En multipliant les voiles pour mieux dissoudre le réel, effacer la réalité triviale des matières et des formes, l’artiste semble fixer ce qu’il rêve, et non ce qu’il voit. Dans ses images, fiction et fantasmes prennent corps. Tout semble possible. Objets (grues, lampadaires…) et animaux (méduses, poissons…) deviennent monumentaux et flottent dans l’espace. L’illusionnisme du photographe s’affirme.

Ses clichés témoignent de son goût pour la composition, la mise en scène et l’expérimentation. La dimension énigmatique et irréelle prédomine dans ses quatre séries photographiques Too many words, Every tree is broken, I am the snow, Glockenspiel Drama réalisées entre 2006 et 2011 exclusivement en noir et blanc.

Ce petit théâtre du quotidien offre un travestissement fantasmagorique de la réalité, une inquiétante et pourtant familière étrangeté. La poésie émane du réel qu’elle amène à reconsidérer. L’éblouissante féerie visuelle en noir et blanc de ces petits « contes » oniriques aux personnages intrigants déroute par sa singularité sombre et fascine par son lyrisme immanent. Ces images explorent les mondes du paradoxe et de l’illusion, en proposant au regard une devinette ambiguë qui perturbe le rationnel.

Extrait du catalogue d’exposition de Julia Hountou, Commissaire de l’exposition

Dr. en Histoire de l’art / Pensionnaire à l’Académie de France à Rome 2009-2010

http://juliahountou.blogspot.com/

CONTACT : jhountou@gmail.com

Tél. : +41 (0)76 577 89 42

Chris Rain : Ce photographe italien né en 1984 à Rome, débute son travail artistique en autodidacte, d’abord dans le domaine musical puis en expérimentant différentes techniques plastiques dont le médium photographique. En 2010, son travail photographique a remporté des prix internationaux, parmi lesquels le Renaissance Arts Prize au Centre Barbican de Londres, le Premio Fotosintesi SiFest09 au Festival de Savignano et le Premio FotoLeggendo pour le meilleur Portfolio à Rome. L’artiste exposera également ses œuvres aux Rencontres Photographiques de Montpellier.

www.chrisrain.com

 Chris Rain, Glockenspiel & Drama, série débutée en 2010. Photographie analogique développée par le photographe et tirée sur papier Hahnemühle, 325 78 x 32 cm © Chris Rain

Chris Rain, Glockenspiel & Drama, série débutée en 2010. Photographie analogique développée par le photographe et tirée sur papier Hahnemühle, 325 78 x 32 cm © Chris Rain

CHRIS RAIN OR THE REMINISCENCES OF AN ENCHANTING AND DISTURBING UNIVERSE

Crochetan Theater (Monthey, Switzerland) from September 16 to November 3rd, 2011 : www.crochetan.ch/

Vernissage the September 16, 2011 at 18h

Bagnes Museum (Le Châbles, Switzerland) from October 1st to November 6

Rue de Clouchèvre 30, 1934 Le Châble.      Site : www.museedebagnes.ch/

Vernissage the October 1st, 2011 at 17h

Exposition/photography

As part of Label’Art 2011, a Contemporary Art Triennial in Wallis, the Crochetan gallery, in collaboration with Bagnes Museum, has the pleasure to present for the first time in Switzerland the whole of Chris Rain’s work, a young Italian photographer, internationally renowned on the theme of ‘’difference’’

In line with Deutsch expressionist cinema and surrealism, at the edge between fantasy and materiality, Chris Rain’s photography deals with the domain of the impalpable. Dissolving reality by multiplying the mists, erasing the common realism of forms and matters, the artist seems to capture his own dreams and not what he sees. In his images, fiction and fantasy take on shapes. Everything seems possible. Objects (cranes, lamp posts) and animals (jellyfish, fishes) become monumental and hover in space. The photograph’s illusionism asserts itself.

His photographs testify of his taste for composition, mise en scène and experimentation. The enigmatic and insubstantial dimension prevails in his four photographic series Too many words, Every tree is broken, I am the snow, Glockenspiel Drama produced between 2006 and 2011, exclusively in black and white.

This small everyday life theatre offers a shadowy transvestism of reality, a worrying although familiar strangeness. Poetry exudes from reality, which brings it to be reconsidered. The dazzling visual extravaganza in black and white of these little oneirics ‘’fairy tales’’ of intriguing characters puzzles by its gloomy singularity and fascinates with its immanent lyricism. These photographs explore the world of paradox and illusion, by offering the eye an ambiguous riddle that disrupts the rational.

Quote of Julia Hountou’s exposition catalogue/ Exposition commissioner

Doctor in Art History/ Resident to the French Academy in Rome 2009/2010

http://juliahountou.blogspot.com/         Contact :  jhountou@gmail.com  

Chris Rain: This Italian photographer born in 1984 in Rome begins his artistic work as an autodidact, first in the musical domain then in experimenting different plastic art techniques including photographic medium. In 2010, his photographic work has won several international prices among which the Renaissance Arts Prize at the Barbican Center in London, the Premio Fotosintesi SiFest09 at the Savignano festival and the Premio FotoLeggendo for the best Portfolio in Rome.

Label’Art 2011, Contemporary Art Triennial in Wallis : From September 2nd to October 23rd 2011 : www:labelart.ch

Julia Hountou, « Sabine Zaalene, Séquences – Le temps suspendu »

Cliquez sur les images pour les agrandir. 
Couverture de ETC - Revue de l'art actuel, n° 93, juin-juillet-août 2011

Couverture de ETC - Revue de l'art actuel, n° 93, juin-juillet-août 2011

Julia Hountou, "Sabine Zaalene, Séquences – Le temps suspendu", ETC - Revue de l'art actuel, n° 93, juin-juillet-août 2011, p. 75

Julia Hountou, "Sabine Zaalene, Séquences – Le temps suspendu", ETC - Revue de l'art actuel, n° 93, juin-juillet-août 2011, p. 75

Julia Hountou, "Sabine Zaalene, Séquences – Le temps suspendu", ETC - Revue de l'art actuel, n° 93, juin-juillet-août 2011, p. 76
Julia Hountou, « Sabine Zaalene, Séquences – Le temps suspendu », ETC – Revue de l’art actuel,  n° 93, juin-juillet-août 2011, p. 76

La série photographique de Sabine Zaalene a été exposée à la galerie du Crochetan, dans le cadre de l’exposition EN LIEN, EXPOSITION COLLECTIVE DE SIX PHOTOGRAPHES : Robert HOFER / Alain de KALBERMATTEN / Julie LANGENEGGER LACHANCE / Christian RAPPAZ / Daniel STUCKI / Sabine ZAALENE

EXPOSITION PRODUITE ET REALISEE PAR LE THEÂTRE DU CROCHETAN, 13 septembre – 21 décembre 2010

EXPOSITION REPRISE AUX CAVES DE COURTEN À SIERRE, DU 10 JUIN AU 4 SEPTEMBRE 2011 / MA – DI, 15H – 19H : www.cavesdecourten.ch

Site de Sabine Zaalene : http://www.sabinezaalene.com/

Blog de Julia Hountou : http://juliahountou.blogspot.com/

Notre espace d’exposition

La galerie du Théâtre du Crochetan est composée de 12 panneaux blancs dont la surface totale est de 120 m2.

Idéale pour les expositions de photographies, de peintures, de dessins et d’arts graphiques, la galerie du Théâtre offre un des plus grands espaces d’accrochage du Valais. Elle a l’ambition d’être un acteur important dans le domaine des arts plastiques en Suisse en programmant des artistes nationaux et internationaux de grande qualité.

En Lien – Exposition collective de six photographes

En lien

Exposition collective de six photographes, du 13 septembre au 21 décembre 2010 – Vernissage le lundi 13 septembre à 19h00, galerie du premier étage du Théâtre du Crochetan, Monthey (Suisse) : http://www.crochetan.ch/p/37/

6, rue du Théâtre – 1870 Monthey. Tél. : +41 (0)24 475 79 11

Robert Hofer

Alain de Kalbermatten

Julie Langenegger Lachance

Christian Rappaz

Daniel Stucki

Sabine Zaalene

Six regards de photographes inaugurent le Théâtre des expositions, espace du premier étage du Théâtre du Crochetan où des cimaises ont été installées afin de mettre en valeur les œuvres exposées. Cette rencontre s’annonce passionnante tant leur démarche est singulière. Une exposition au cœur des textures, de la matière, de l’ironie du regard, de la minutie des prises de vue et de la fascination des rebuts produits par notre société.

Cet échange nous offre l’occasion d’interroger ces créateurs contemporains qui façonnent le monde dans lequel ils vivent. Il témoigne du dynamisme de la région et de son activité qui s’affirment au gré des affinités électives et des énergies convergentes. Il confirme également combien cet endroit est un espace de travail ouvert aux explorations les plus contemporaines, un creuset d’accomplissement et d’approfondissement. L’art est un processus permanent, la structure qui l’accueille se doit donc d’être elle aussi dans un état d’éveil, d’écoute et d’ajustement constant. Le Théâtre des expositions découle de cette logique.

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En lien propose les œuvres de six photographes suisses, installés en Valais mais issus d’horizons différents, autant de visions du monde, autant de questionnements, autant de modes d’expression à travers un même médium. Libres et pourtant riches d’un héritage fécond et pleinement assumé, ils exercent leur art avec une passion et des préoccupations communes.

En lien : est-ce ce qui lie ces artistes entre eux, ou est-ce ce qui nous unit à notre univers familier dans ses aspects les plus évidents comme les plus secrets et nous en révèle les multiples facettes ? Il semble en effet que les clichés proposés ici s’attachent à sublimer le banal et dépasser les apparences. Dans cette capacité de transcendance réside le talent de ces artistes.

Chacun d’eux porte un regard pénétrant sur des sujets tirés du quotidien, comme pour en extraire le sens et la profondeur. Objets, déchets, matériaux usagés, intérieurs dévastés : les choses elles-mêmes ont une vie et une mort ; elles reflètent souvent l’abandon et la solitude qui prévaut dans notre monde moderne. Ainsi l’absence s’immisce dans ce que nous percevons comme trop-plein, la vacuité perce la densité d’une matière ou d’un paysage, le désert git au cœur de l’abondance, la fixité des clichés elle-même rappelle sans cesse la fugacité des instants.

La diversité des approches et des techniques tend vers un but commun : inventorier la réalité. Robert Hofer nous entraîne dans l’univers fascinant des végétaux d’un herbier, semblables à des êtres figés d’une complexité infinie. Alain de Kalbermatten s’intéresse aux rebuts comme autant de témoins décrépits de notre société ; son objectif s’attarde plus particulièrement sur l’atelier du sculpteur Faro, dont il restitue l’agencement disparate, microcosme empreint de la personnalité et des inclinations de l’artiste. Julie Langenegger Lachance quant à elle, s’est penchée sur la restauration du palace Montreux-National, soumis aux ravages du temps avant de connaître la renaissance. Christian Rappaz use du bougé et des angles insolites comme pour s’interroger sur la consistance du réel et exprimer son refus des structures sociales établies. Plongé dans l’environnement urbain, Daniel Stucki montre les stations désertées d’une ligne de métro de Tokyo, telle une vision post-apocalyptique où toute présence humaine serait abolie. Sabine Zaalene photographie le jardin des Tuileries dans sa tenue d’hiver, vide de visiteurs, livré à lui-même, abandonné à la déréliction, à l’image de ce vaste plan d’eau asséché.

En nous proposant, chacun à sa manière, une réflexion sur notre univers, en dévoilant ses dimensions insolites, mais aussi l’omniprésence de la solitude, ces créateurs nous invitent à poser à notre tour un regard différent sur ce qui nous entoure.

Julia Hountou, Historienne de l’art / Pensionnaire à la Villa Médicis, 2009-2010

http://juliahountou.blogspot.com/
http://www.villamedici.it/fr/resident/hountou/?of=15&d=2010

Docteur en histoire de l’art, Julia Hountou est l’auteur de nombreux articles sur la création contemporaine. Pensionnaire de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, elle a enseigné en tant qu’ATER et Chargée de cours dans diverses universités et écoles d’art privées. Julia Hountou a travaillé sur Les Actions de Gina Pane de 1968 à 1981 dans le cadre de son doctorat soutenu à l’Université de Paris I – Panthéon – Sorbonne. Sa thèse a pris la forme d’un ouvrage intitulé Les Actions de Gina Pane de 1968 à 1981 : De la fusion avec la nature à l’empathie sociale qui doit paraître prochainement aux éditions des Archives Contemporaines, en collaboration avec l’École Normale Supérieure des Lettres et Sciences Humaines de Lyon.

Robert Hofer – L’éloge du végétal

Phytogrammes, 2004-2005

par  Julia Hountou / Historienne de l’art / Pensionnaire à la Villa Médicis en 2009-2010

Dès les débuts de la photographie, le végétal intéresse botanistes, scientifiques, artistes et photographes, conscients de l’apport du nouveau procédé. Si certains appréhendent la nature sous un angle scientifique (comme en attestent les dessins photogéniques de William Henry Fox Talbot[1] ou les cyanotypes d’Anna Atkins[2]), d’autres l’apprêtent, la composent telle une nature morte. Les modernistes américains tels Paul Strand (1890-1976), Edward Weston (1886-1958) et Imogen Cunningham (1883-1976) ont notamment sublimé, dans des cadrages serrés, les végétaux avec la même grâce que celle accordée aux corps féminins. Robert Mapplethorpe (1946-1989) quant à lui se concentre, à partir des années 80, sur des natures mortes de fleurs – orchidées, tulipes, lys – des nus sculpturaux et des portraits en posant la question de la beauté formelle classique et du raffinement du sujet.

Nourri de ces références[3] et mu par un intérêt esthétique, Robert Hofer se rend un matin de novembre 2004 particulièrement froid au Musée cantonal d’Histoire naturelle de Sion[4] afin d’accéder aux herbiers historiques de la collection. Sa manière de procéder est méticuleuse d’abord dans le choix des plantes, puis dans leur façonnage et enfin dans le protocole de prise de vue. Avec une minutie extrême, il couche à même la vitre d’un scanner les végétaux sélectionnés pour leurs volutes originales et leur structure insolite. La lumière verticale de l’appareil tombe avec un éclat tranchant sur le sujet tandis que le reste de l’image est plongé dans une profonde obscurité. Puis, Robert Hofer n’hésite pas à travailler le cliché en positif ou en négatif selon ses envies. Le végétal devient alors prétexte à des compositions purement photographiques. En amoureux des formes, l’artiste modèle ce dernier selon d’élégantes circonvolutions. Ne s’interdisant pas les ablations pour aller à plus d’évidence plastique, il représente une nature transfigurée qu’il décline sur un mode formel : calices de fleurs, rameaux d’érable, crosses de fougère, feuilles en palmettes, boutons en rosettes… constituent autant de motifs géométriques au potentiel ornemental manifeste.

A la couleur, Robert Hofer préfère la sobriété du noir et blanc qui unifie le regard, épure les lignes et crée une image dépourvue de repères temporels qui capte la substance, la quintessence végétale. L’alternance des fonds noirs et blancs constitue un immense damier : les portions ainsi contrastées de l’arrière-plan encadrent de manière frappante la silhouette sombre ou claire des végétaux. Cette « opposition d’une case claire et d’une case sombre est d’une beauté fondamentale » comme le soulignait Man Ray (1890-1976) qui faisait alors référence à l’esthétique des échecs dont il était passionné. Ce jeu entre ombre et lumière confère à ces végétaux une présence évidente. Tel un sculpteur de lumière, Robert Hofer joue sur les effets de transparence et d’opacité de chaque matière. Si le noir profond et le blanc le plus pur cohabitent, notons la richesse étonnante des nuances, l’extrême attention portée aux demi-teintes, aux différentes qualités de gris déclinées selon les reliefs et les creux des fragments végétaux.

Pour souligner cette orientation graphique, dans le double triptyque à la composition rigoureuse, les détails sont étudiés avec soin. Au sein du cadre carré à l’équilibre parfait, chaque élément est à sa place. L’espace dénué de profondeur est uniquement habité par les végétaux vus frontalement. Le cadrage serré et en plongée les détache de leur contexte et leur confère un caractère puissant, monumental et imposant.

Dans la continuité d’un héritage totalement assimilé, en quête de la forme parfaite, ou tout au moins parfaitement photographiée, Robert Hofer aspire à un idéal classique et témoigne d’un goût pour la beauté, l’ordre, l’équilibre, la géométrie et la symétrie. Par son style pur et dépouillé, il réduit les végétaux à des formes presque abstraites. Postulant la précision maximale, il produit des images dont la grande netteté met en valeur la structure, la texture, les nervures, les pliures, les dessins et les motifs propres à chaque plante. Le piqué de ces radiographies quasi médicales confère une incroyable qualité tactile aux photographies et fait ressortir le grain des végétaux, leur léger duvet, leur rigidité ou au contraire leur souplesse. Le grossissement des plus infimes détails stimule les sens et nous invite à effleurer du regard ces matières piquantes, rugueuses, duveteuses ou lisses. Ici, le délicat calice séché qui entoure le physalis d’une membrane veinée se mue en un frêle lampion de dentelle finement ciselée. La proximité inhabituelle avec les éléments naturels que nous offre l’artiste nous amène à en reconsidérer l’harmonie plastique, alors que microcosme et macrocosme se confondent.

Soucieux de perfection formelle, Robert Hofer a le goût du bel ouvrage. Tirés sur un papier Hahnemühle mat, moelleux, au toucher exceptionnel et au rendu visuel fascinant, sans encadrement et sans verre, les phytogrammes[5] nous incitent à renouer avec le plaisir de la gravure, technique que rappelle la qualité intrinsèque des végétaux ainsi transcendée, magnifiée. Dans une maîtrise admirable du sujet et des procédés mis en œuvre, Robert Hofer propose une image limpide de la réalité, restituée de manière si intense que le spectateur en est frappé comme par une révélation.

Source de plaisir et de beauté, la nature invite à une approche méditative. Nous contemplons les boutons floraux, les rinceaux, les fougères enroulées, fascinés par leur raffinement. Robert Hofer finit par nous convaincre : la nature est le suprême modèle de la création.

http://juliahountou.blogspot.com/
http://www.villamedici.it/fr/resident/hountou/?of=15&d=2010

Robert Hofer : www.roberthofer.ch

Photographe au Journal du Valais, Sion (1978). De 1978 à 1982 : apprentissage de photographe chez Oswald Ruppen, photographe à Diolly/Sion (Suisse) Parallèlement, cours professionnels et certificat fédéral de capacité, Vevey (Suisse). De 1982 à 1983 : assistant en section photographie à l’Ecole des arts appliqués de Vevey 1979 à 1981 – co-fondateur avec Nicolas Crispini de l’agence de photographie NIRO PRESSE. Dès 1983 : photographe généraliste indépendant à Sion (Suisse). Dès 1986 : photographe de la rédaction valaisanne du journal « La Suisse » jusqu’en 1994 ; et collaborateur occasionnel pour divers quotidiens, hebdomadaires et publications en Suisse. En 1989 : co-fondateur de l’association « Enquête photographique en Valais ». Dès 1990 – collabore régulièrement avec des architectes valaisans et l’office fédéral des constructions. En 1995 : installe son propre studio dans un atelier du centre culturel de la Ferme-Asile à Sion (Suisse).

Légende des visuels :

Robert Hofer, Phytogrammes, 2004-2005. Images numériques issues d’un scanner de table. Tirages Fine Art noir et blanc jet d’encre Ultrachrome collés sur aluminium. Laboratoire Diaprint Marly-Fribourg. Courtesy : Robert Hofer.


[1] Le scientifique et artiste William Henri Fox Talbot (1800-1877) inventa un des premiers procédés photographiques – le papier salé – en 1839. Il nommait photogenic drawings les photogrammes végétaux qu’il réalisait en plaçant feuilles, rameaux et autre matériel végétal directement sur le papier sensibilisé.

[2] Anna Atkins (1799-1871) est une botaniste britannique. Elle devient membre, en 1839, de la Société botanique de Londres, l’une des rares sociétés savantes ouvertes aux femmes. En 1841, elle commence à s’intéresser aux algues suite à la publication de A Manual of the British marine Algae de William Henry Harvey (1811-1866). Elle connaît très bien les travaux de sir John Herschel (1792-1871) et de William Henry Fox Talbot, deux pionniers de la photographie. Entre 1843 et 1854, paraissent une douzaine d’exemplaires de son ouvrage British Algae : Cyanotype Impressions comportant chacun 389 cyanotypes d’algues anglaises et quatorze pages manuscrites. Cet ouvrage est le premier à utiliser la photographie pour illustrer des travaux scientifiques, avant même The pencil of Nature (1844) de William Henry Fox Talbot.

[3] En collectionneur de livres de photographies, Robert Hofer se penche sur les dessins photogéniques de William Henri Fox Talbot et plus particulièrement sur l’édition originale publiée en 1928 de Urformen der Kunst – Wundergarten der Natur : das fotografische Werk in einem Band (Les formes originales de l’art) de Karl Blossfeldt (1865-1932), ouvrage de référence en terme de photographie florale.

[4] Le Musée cantonal d’histoire naturelle conserve d’importantes collections scientifiques qui sont une référence pour l’identification des espèces présentes en Valais et dans les Alpes. Elles témoignent des travaux scientifiques réalisés depuis près de deux cents ans en Valais (Suisse). Elles contiennent environ 3 500 roches et minéraux, 650 fossiles, 20 000 plantes du Valais et 3 500 animaux.

[5] Monique Tornay, une amie écrivain du photographe a trouvé ce néologisme constitué du préfixe “phyto-” qui vient du grec et signifie végétal et du suffixe “gramme” – du grec ancien (gramma : « signe, écrit »).

Alain de Kalbermatten – La poésie des rebuts ou Voyage au cœur des matériaux

En attendant Faro, 2010

par  Julia Hountou / Historienne de l’art / Pensionnaire à la Villa Médicis en 2009-2010

De la fascination pour les formes pures à la sacralisation contemporaine, des manipulations des avant-gardes à l’émerveillement devant l’anodin, l’objet traverse toute l’histoire du médium. D’Eugène Atget[1], à Walker Evans en passant par le Baron Adolph de Meyer[2], Alfred Stieglitz, François Kollar, Germaine Krull, Josef Sudek[3], André Kertész[4], László Moholy-Nagy[5], Man Ray, Brassaï… les objets n’ont cessé d’inspirer les photographes, qu’ils les aient copiés littéralement ou y aient imprimé de subtiles métamorphoses au service d’une esthétique définie. Les photographes se font archéologues, historiens, reporters, flâneurs, poètes pour arracher au monde réel une matière riche et nouvelle.

Désireux de révéler la richesse cachée d’objets apparemment humbles, Alain de Kalbermatten porte une attention particulière aux rebuts qui peuplent le territoire et parvient à sublimer les choses les plus banales depuis plus d’une vingtaine d’années. Empruntant routes et sentiers, arpentant décharges, chantiers, maisons incendiées et hôtels désaffectés, il affûte ses sens en fonction de ces rencontres, sans idée prédéfinie, en quête d’éléments simples, de « petits riens », d’objets mineurs comme il les nomme : amas de câbles enchevêtrés, fonds de bidons rouillés, disjoncteurs court-circuités, regards d’égout posés contre un mur, fragments de marbre emprisonnés sous une membrane en plastique, affiches lacérées… Attiré par la poésie d’un lieu, d’une forme, d’une lumière, Alain de Kalbermatten se laisse absorber par ce qu’il voit, sans éprouver le besoin d’interpréter, préférant strictement regarder afin de saisir la quintessence des éléments. Les détails et les couleurs les plus subtils des matériaux bruts glanés lors de ses errances captent son regard contemplatif. En immortalisant ces objets mis à l’écart, il leur confère une seconde vie ; ils paraissent alors dignes dans leur vulnérabilité, dans la fragilité de leur beauté surannée.

Lors de sa visite de l’atelier du sculpteur Edouard Faro, au printemps dernier, Alain de Kalbermatten réalise une magnifique série d’images en hommage à l’artiste. C’est son espace de travail qu’il choisit de photographier, même s’il admire véritablement les teintes profondes, les formes pures, les surfaces polies ou rugueuses de ses sculptures à la fois brutes et élaborées qui témoignent de sa sensibilité peu commune aux diverses essences de bois. L’adéquation entre la réceptivité du photographe et l’univers insolite de l’artiste est évidente. La corneille apprivoisée du sculpteur, son inénarrable assistant hindou, son aménagement disparate harmonieusement agencé, ses masques africains délicatement posés au milieu de containers industriels aux couleurs pastel et ses épaisses tentures en peau de mouton participent de l’alchimie de la rencontre. Avec toute l’acuité et la fraîcheur de son regard, Alain de Kalbermatten capte d’énormes tuyaux sombres enroulés semblables à un rouleau de réglisse, la structure géométrique d’un petit escalier en métal rouillé, la simplicité graphique d’une brouette abandonnée au pied d’un tronc d’arbre massif dépourvu d’écorce, une treille de fortune formée de quelques cordes tendues grossièrement nouées sur une planche de bois jaune et deux fragments colorés de bennes à ciment. Ces composants modestes mais chargés de l’histoire du sculpteur accèdent sous l’objectif du photographe au rang d’œuvres uniques. Alain de Kalbermatten n’hésite pas à morceler tel un puzzle l’atelier appréhendé comme une gigantesque nature morte digne d’intérêt dans son détail. S’il ne montre pas l’ensemble de l’espace, mais en isole des fragments, il utilise surtout son objectif pour s’approcher au plus près des objets, des matières, des textures, des formes, des couleurs et des lumières. Isolés sans cadre, sans ombre portée, leurs contours se découpent nettement, alors qu’ils semblent émerger de nulle part. Lignes, sinuosités, contrastes inspirent ces images qui oscillent entre matériel et immatériel. L’infiniment grand et l’infiniment petit se confondent dans une étrange osmose où aucun repère n’a sa place. Le plan rapproché extrait les objets de la réalité et favorise ainsi l’imagination du spectateur qui, au fil de ses divagations, peut se laisser absorber par une tache, une lézarde ou une surface écaillée. Cadrés au plus près comme autant de portraits atypiques, ces éléments architecturés dégagent une aura poétique et onirique. Par leur présence hiératique et leur puissant volume, ils se muent en totems modernes, en boucliers tribaux.

La prise de vue selon la même focale, le même éclairage et le même angle frontal unifient les sujets. L’équilibre admirable de la composition découle de la récurrence des formes carrées et circulaires. Les deux motifs dialoguent à un rythme régulier. Par leur large base et la régularité de leur structure, les plaques métalliques carrées symbolisent stabilité et solidité. Représentant un tout fini, complet et autonome, cerné par sa propre limite, le cercle évoque quant à lui les astres et inspire de fait l’universalité. Séduit par sa forme parfaite, Alain de Kalbermatten se met à en explorer les différentes possibilités dynamiques et spatiales. La rotondité des masques africains fait écho à la lune opalescente peinte sur le glacis chocolat d’une des plaques métalliques, qui s’apparente alors à un cuir épais et bien lustré. Le photographe – épris de perceptions visuelles – étudie également le motif dynamique de la « cible » en focalisant sur les cercles concentriques des tuyaux de caoutchouc enroulés. Leur mouvement tourbillonnant resserre la composition en un unique point de fuite et conduit le regard du spectateur vers le centre de l’image. Ces formes circulaires ressemblent ainsi à des viseurs qui invitent le public à pénétrer au cœur de la matière. L’œil éprouve alors émotion et plaisir sensuel face à ces strates accumulées, granulées et striées, à la lisière ou au cœur des masses géométriques colorées. En effet, sous l’appareil photo, le métal, le bois… deviennent, ici, épiderme mouvant, accidenté, couvert d’écailles diaprées. Réceptif aux matériaux qui lui sont proches et à leurs états contrastés, l’artiste allie vide/plein, poli/corrodé, souple/rigide, et valorise l’infinie variété des textures : stratifiées, lamellées, striées, filamenteuses, rainurées, sédimentées, fissurées, martelées, brûlées, rouillées, scarifiées…. Ainsi déclinée sous ses multiples aspects, la matière vibre, prend vie.

A l’équilibre formel et structurel s’ajoute l’harmonie chromatique favorisant la circulation du regard ; les reflets froids et métalliques des tons anthracite contrastent avec les teintes chaudes des métaux mordorés rongés par l’oxydation. Sous l’infime couche de ciment qui recouvre une benne, palpitent, prisonnières, des lueurs roses, orangées et rouille, comme issues d’un magma originel. L’inépuisable diversité des nuances qui percent irradie le solide.

Cette série consacrée à la perception et la saisie du réel – thème fondamental de la photographie -, renouvelle notre regard sur la présence des choses et réaffirme la maîtrise de la composition qui caractérise le style d’Alain de Kalbermatten. Il montre qu’il est toujours possible de porter une vision différente sur notre environnement et que la poésie et la magie naturelles sont présentes même au sein des éléments les plus ordinaires. Devant son objectif[6], l’immobilité de ces vanités modernes, ces natures mortes sculptées par le mouvement du temps et de la lumière imposent le respect et témoignent par leur altération de la profondeur des âges. Subrepticement, le passé se loge dans ces objets de la vie quotidienne, dans les sensations qu’ils éveillent, auxquelles ils servent de supports mnésiques. Ces photographies suggèrent ainsi combien une couleur, une forme, une matière sont des éléments essentiels qui renvoient l’individu aux jalons de son histoire passée en réactualisant ses émotions enfouies[7].

http://juliahountou.blogspot.com/
http://www.villamedici.it/fr/resident/hountou/?of=15&d=2010

Alain de Kalbermatten : http://www.alaindekalbermatten.ch/

Parcours :

Etudes de médecine à Genève.

Membre de l’association « Focale » à Nyon.

Dès 1978, se consacre à la photographie en travaillant sur des thèmes personnels : « Rosa ou la déchirure » (1984) ; «  Vénitien pluriel » (1985) ; « Lanzarote » (1987) ; « Les chantiers du rêve » (1988) ; « La roche aux yeux » (1993) ; « Le sang des fleurs » (1997) ; « Rouge comme la mer » (2000) ; « Eau morte ou vive » (2000) ; « Du rouge au noir » (2001) ; « Âge de pierre » (2004) ; « Détournement d’objets mineurs » (2007) ; « Territoires infimes » (2008) ; « L’état des choses » (2010) ; « Baccarat, une cristallerie » (2010)

Collaboration photo scénographique avec le théâtre de l’arrière-scène à Montréal (Train de nuit).

L’eau, contraste et métamorphoses (diaporama EOS 1995).

Une entreprise au quotidien (PAM 1995)

Publications occasionnelles dans les journaux Le Nouveau Quotidien et Le Temps

Expositions :

1981 : Galerie Oscura, Genève

1983 : Centre genevois de la gravure contemporaine

1984 : Galerie La Golette, Ecuvillens

1986 : Galerie Focale, Nyon et Saint-Gervais, Genève

1987 : Palais des Congrès, Montreux

1983/87 : Galerie Vieux Jacob, Sion

1988 : Galerie Saint-Pierre, Genève et Galerie Phôtos, Chippis

1989 : Galerie Bel Etage, Bâle ; Galerie Focale, Nyon ; Galerie Cours St-Pierre, Genève ; Galerie Grande Fontaine, Sion ; Galerie Funambule, Lausanne ; Galerie Espace Noir, Saint-Imier ; Ambassade de Suisse (exposition collective) à Bogota (Colombie) ; « 24 photographes suisses au quotidien » (exposition collective) Martigny et Neuchâtel

1990 : Galerie Cibachrome Ilford, Fribourg et La Stada, Genève

1993 : Centre Valaisan du Film et de la Photographie, Martigny et Oh! Navizence, Sierre

1996 : Club 44, La Chaux-de-Fonds

1998 : Le Manoir, Martigny et Galerie Focale, Nyon

2000 : Galerie Côte Saint-Luc, Montréal (Canada) et Galerie Grande Fontaine, Sion

2001 : Ferme Asile, Sion

2002 : Galerie Athénée 4, Genève

2003 : Club 44, La Chaux-de-Fonds

2004 : Galerie Athénée 4, Genève

2005 : « Photo-suisse » (exposition collective), Institut Suisse de Rome (Italie) et Locarno (Suisse)

2006 : Galerie Focale, Nyon ; « Photo-suisse » (exposition collective) Fotoforum Pasquart, Bienne (Suisse)

2007 : Musée de la Photographie, Vevey

2009 : Espace Huit Clos, Sierre

2010 : Galerie de la Dìme, Pampigny/ VD et Chemins pédestres de Verbier, durant l’été

2010 : septembre, « En lien » (exposition collective), Théâtre du Crochetan, Monthey (Suisse)

2011 : janvier, Galerie la Grenette, Galerie la Grande Fontaine, Sion ; en avril, Quiosk Gallery, Tremp (Espagne)

Publications :

Photo-suisse, Lars Müller Publishers, album et DVD, 2004

Les Mayens de Sion, édition Sédunum Nostrum, 2009

Légende des visuels :

Alain de Kalbermatten, En attendant Faro, 2010. Photographies issues de diapositives en couleur 6 x 6 cm. Tirages Ilfochrome Classic Lambda collés sur aluminium. Laboratoire Diaprint Marly-Fribourg. Courtesy : Alain de Kalbermatten.


[1] Eugène Atget, Porte d’Italie : zoniers [13ème arr], 1913. N ° Atget : 398. Photographie positive sur papier albuminé d’après négatif sur verre au gélatinobromure ; 16,9 x 21,8 cm (épr.) Bibliothèque Nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie.

[2] Still Life, 1908. Héliogravure parue dans Camera Work, n° 24, 1908. 19,2 x 15,5 cm. Bibliothèque Nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie.

[3] Josef Sudek (Tchécoslovaquie 1896-1976) Membre du Club des photographes amateurs, il étudie le graphisme à Prague en 1922. Sudek ouvre son propre studio en 1928, il fréquente de nombreux artistes d’avant-garde. Une partie de son œuvre est axée sur une recherche surréaliste appliquée à la nature morte. Ex : Nature morte au verre, 1950 (négatif) 1954 (tirage), Tirage argentique avec léger virage, Bibliothèque Nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie)

[4] Le Hongrois André Kertész photographie dans les années 1920 des objets simples, soulignant ainsi l’importance du choix du photographe et le double message que porte l’image, à la fois chose banale et somme de lignes recherchant un effet esthétique.

[5] Le Hongrois László Moholy-Nagy. Membre du Bauhaus, réalise des « photogrammes » (tirages directs obtenus en posant des objets sur du papier photographique) et associe la photographie à la typographie pour produire des textes d’une lecture plus attractive.

[6] Alain de Kalbermatten travaille à l’argentique. L’essentiel de la photographie se fait à la prise de vue.

[7] Ces couleurs ou ces matières qui éveillent des souvenirs font penser à ce roman de Marcel Proust dans lequel il décrit ses impressions en dégustant une madeleine, cette petite pâtisserie moelleuse à mi-chemin entre le gâteau et le biscuit. Cela fait remonter en lui toutes les émotions de son enfance. « (…) je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. (…) D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. » (Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, Gallimard, Paris, 1913, p. 45)

Julie Langenegger Lachance – Un théâtre silencieux

Le Montreux-National Acte 1, scène 1-6, 2007

par Julia Hountou / Historienne de l’art / Pensionnaire à la Villa Médicis, 2009-2010

Depuis 2007, Julie Langenegger Lachance immortalise les différentes phases du chantier du Montreux-National, l’un des premiers grands hôtels montreusiens, érigé en 1873-1874 par les architectes Ernest Burnat et Charles Nicati dans la grande tradition des palaces de l’hôtellerie suisse. Tout au long de la « Belle Epoque », cet établissement accueillit l’aristocratie et la haute société de l’Europe d’alors. Par son style, et tout particulièrement ses hautes toitures ornées de cheminées en briques, il s’inspire des châteaux français de la Renaissance. Cet emblème du faste connaît actuellement une importante transformation architecturale. Abandonné depuis les années 70, il se mue en un luxueux complexe immobilier.

Selon une approche poétique, Julie Langenegger Lachance – photographe de la solitude et de l’introspection – s’interroge sur les mutations du monde moderne. En observatrice zélée, pourvue de cette acuité tout instinctive, elle s’immisce dans chacune des pièces de l’hôtel. Des combles au sous-sol, en passant par les chambres, les salons, les cuisines ou plutôt leurs reliquats mais aussi les couloirs et les escaliers, elle observe ces vestiges dans leurs moindres recoins pour dresser une cartographie intérieure d’une fabuleuse précision. Son œil tel un délicat scalpel s’insinue dans les coupes franches opérées à l’occasion des travaux, afin de saisir les diverses mutations de l’édifice. Cette mise à nu du bâtiment donne à voir ce qui est ordinairement dérobé au regard, mais se trouve dévoilé le temps du chantier. Dans le fouillis organisé du « ventre » de l’hôtel, les entrelacs de poutres métalliques, de tuyaux, de câbles… composent des images complexes, à la géométrie rigoureuse. Fenêtres, portes, lieux de passage entre intérieur et extérieur, frontière entre deux dimensions, sont ici réduits à un cadre. Ils offrent une perception parcellaire de l’espace, en le structurant, l’organisant entre montré et caché, visible et invisible, « champ » et « hors champ ». Le motif du viseur est récurrent dans ces images, selon une mise en abyme du cadre dans le cadre, une métaphore de la représentation, de la vision du photographe.

Vides et dévastées, les pièces sont figées dans l’attente de leur devenir, de leur mutation. Baignées par une atmosphère étrange, irréelle, elles rappellent les chambres d’hôtel du peintre Edward Hopper[1] ou les intérieurs silencieux de Vilhelm Hammershoi[2]. Aux espaces silencieux correspond une gamme très raffinée de gris, de bleus, de verts, d’ocres et de bruns rehaussés de rose vif, qui montre la sensibilité profonde de la photographe aux atmosphères intérieures. La juxtaposition des aplats colorés, les jeux de perspectives et les structures géométriques de certains clichés confinent à l’abstraction.

Outre ces évocations picturales, le titre de cette série inédite Acte I, scène 1 – 6 suggère une continuité et renvoie à l’univers théâtral. Les six photographies exposées ici correspondent en effet au début de la construction. Par la suite, les soixante-dix images se déclineront en diverses expositions pour suivre l’évolution de la restructuration de l’hôtel. Telles des caisses de résonance, des lieux fantasmatiques, les décors décrépits, dévastés sont comme des scènes de tous les possibles, propices à l’imagination et à toutes les émotions. En posant la question de l’espace et de notre relation à lui, Julie Langenegger Lachance nous invite à nous interroger sur l’un des facteurs déterminants de l’existence. Comment vit-on le lieu ? Quels rapports entretenons-nous avec lui ? Quelle influence exerce-t-il sur chacun d’entre nous ? Espace refuge, de rêverie, de réconfort, de ressourcement ou lieu de tension, d’hostilité, de crainte, d’effroi… L’espace n’est pas neutre, mais silencieusement actif.

A la donnée spatiale répond le facteur temporel, indissociablement liés. Ici, le temps n’est pas suspendu, les époques se chevauchent. Les strates architecturales se superposent et se télescopent. L’histoire de la construction de l’hôtel se livre ainsi par couches successives. Le regard s’amuse alors à en rechercher les indices. Dans chaque espace, l’activité humaine s’affiche sur le mode du passé. Sur les murs, les traces d’humidité, les moisissures, les peintures écaillées, les papiers peints lacérés, décollés tels des lambeaux de peaux mortes disent la mue du bâtiment. Ces décors malmenés renvoient à une lointaine mémoire chargée d’histoires banales ou romanesques. De ces oripeaux sortis de l’ombre émane une inquiétante étrangeté, telle que définie par Freud. « On qualifie de un-heimlich tout ce qui devrait rester… dans le secret, dans l’ombre, et qui en est sorti »[3]. L’unheimliche est aussi « la situation où l’on « doute qu’un être apparemment vivant ait une âme, ou bien à l’inverse, si un objet non vivant n’aurait pas par hasard une âme » »[4].

Puissants catalyseurs d’affects poétiques, ces intérieurs offrent une réalité dans laquelle les concepts d’animés et d’inanimés s’entremêlent comme dans le rêve. Ils nous confrontent ainsi à notre propre expérience de la vie et de la mort. Les photographies introspectives de Julie Langenegger Lachance composent des paysages intérieurs générateurs d’une forte charge émotionnelle. Chaque pièce peut évoquer des souvenirs intimes et profonds suscitant des émotions spécifiques. Ce dédale rappelle la première conception de l’appareil psychique de Freud qui assimile l’inconscient à une « grande antichambre »[5] et le conscient à « un salon »[6] contigu. Au seuil de celui-ci, le « gardien »[7] autorise, résiste ou refoule le passage des désirs, pulsions, peurs etc. vers « la préconscience »[8] et « la conscience »[9]. Le psychanalyste établit un lien entre un lieu et un état d’âme. Les pièces sont à considérer comme des paliers successifs à franchir pour entériner l’expérience précédente. L’ensemble des salles constitue autant d’éléments d’une même transformation.

Au-delà de la simple visite d’un chantier, le parcours labyrinthique que nous propose Julie Langenegger Lachance, oscillant entre aujourd’hui et hier, agit comme un révélateur qui renvoie à la recherche des origines. Cette quête de souvenirs dans les strates du passé révèle l’importance de la mémoire dans la construction de soi.

http://juliahountou.blogspot.com/
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Légende des visuels de Julie Langenegger Lachance :

Julie Langenegger Lachance, Le Montreux-National Acte 1, scène 1-6, 2007. Prises de vues en négatif couleur moyen format numérisées. Tirages Ra4 satiné collés sur aluminium. Laboratoire Diaprint Marly-Fribourg.

Julie Langenegger Lachance :

http://jlportfolio.blogspot.com

Elle vit et travaille en Valais (Suisse) où elle obtient son diplôme de photographe à l’école de photographie de Vevey en 2003. Après une année d’assistanat à L’ECAL et des stages ponctuels, elle se met à son compte et poursuit depuis 2005 une carrière de photographe indépendante. Lauréate du Prix valaisan d’encouragement à la création en 2008, elle a participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles.


[1] Edward Hopper (1882 – 1967) est un peintre réaliste et graveur américain.

[2] Vilhelm Hammershoi (1864 – 1916) est un peintre danois. Voir notamment Rayon de soleil, Poussière dansant dans un rai de lumière, 1900. Huile sur toile, 70 x 59 cm. Musée d’Ordrupgaard, Copenhague.

[3] Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essais, traduction de Marie Bonaparte, Gallimard, coll. Folio essais, Paris, 1988, p. 221.

[4] Sigmund Freud, op. cit., p. 224.

[5] Sigmund Freud, Introduction à la Psychanalyse (1916), Petite Bibliothèque Payot, n° 6, Paris, 1972, 443 p. ; p. 276-277.

[6] Ibidem, p. 276-277.

[7] Ibidem, p. 276-277.

[8] Ibidem, p. 276-277.

[9] Ibidem, p. 276-277.