Koltès, Angélique Ionatos et Médée

Le point commun entre Bernard-Marie Koltès, la musicienne Angélique Ionatos et Médée l’infanticide ?
Le Crochetan. Et la puissance de déclencher un voyage en terre poétique.

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON – LA FEMME AU BALCON

En cette fin de semaine, du 20 au 22 septembre, le metteur en scène Armand Deladoëy crée Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, un récit limpide et fort entièrement basé sur une rencontre entre deux hommes, un client et un dealer.
A partir de cet échange, l’auteur construit une métaphore des rapports humains.
Son vœu : « J’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. » Bernard-Marie Koltès
Une fois de plus, ce poète-météore du 20e siècle y est parvenu. Ses mots seront accompagnés en live par les musiciens Vincent Hänni et Gabriel Scotti.

Le spectacle se jouera en plein air sur le beau site de Malévoz (sous couvert en cas de mauvais temps). Il sera précédé par La Femme au balcon, du jeune écrivain valaisan Bastien Fournier. Un texte fulgurant qui revisite le mythe de Médée sous forme d’enquête.

 

Jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 septembre à 19h30 à Malévoz
(route de Morgins 10, 1870 Monthey)

DISTRIBUTION

Dans la solitude des champs de coton
de Bernard-Marie Koltès
avec Gustavo Frigerio et Marc Mayoraz

La Femme au balcon
de Bastien Fournier
avec Jocelyne Page et Olivia Seigne

Mise en scène Armand Deladoëy
Assisté par Renaud Berger
Scénographie David Deppierraz
Lumières Nicolas Mayoraz
Musique Vincent Hänni, Gabriel Scotti
Costumes Anna van Brée
Régie son Antoine Etter
Administration Julien Barroche

RÉSERVATIONS
Sur www.crochetan.ch
Par téléphone : lu – ve de 14h à 18h, 024 471 62 67
Sur place : lu – ve de 14h à 18h
Le samedi dès 14h en cas de représentation le soir
Possibilité d’acheter les billets sur place, à Malévoz.

 

ANATOLI
Le samedi 22 septembre, Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki feront tourner la scène du Crochetan d’est en ouest, de l’Orient à l’Occident avec Anatoli. Dans ce spectacle, elles mêlent des compositions personnelles à des musiques traditionnelles et contemporaines. Et mettent en chant les textes des poètes qui les inspirent depuis longtemps.
Anatoli, c’est aussi l’occasion d’entendre la voix chaude d’Angélique Ionatos, l’une des plus grandes chanteuses grecques actuelles.

Samedi 22 septembre à 20h30

Chant et guitare Angélique Ionatos, Katerina Fotinaki
Collaboration artistique Philippe Mentha
Lumières Ingrid Chevalier

RÉSERVATIONS
Sur www.crochetan.ch
Par téléphone : lu – ve de 14h à 18h, 024 471 62 67
Sur place : lu – ve de 14h à 18h
Le samedi dès 14h en cas de représentation le soir

La sagesse des abeilles à Montréal

Le spectacle « La Sagesse des abeilles », co-produit par le Théâtre du Crochetan, se joue au Festival des Escales Improbables de Montréal du 11 au 14 septembre 2012. Toutes les informations ici

« En prenant la forme d’une réconciliation nécessaire entre l’Homme et le vivant, le spectacle nous rend un univers tout empli du vrombissement d’abeilles qui tourbillonneraient en nous et en-dehors de nous comme les atomes rêvés par Démocrite, nous laissant les oreilles bourdonnantes du murmure de la conversation de l’homme avec le monde, et de l’homme avec lui-même. La disparition des abeilles – à la fois sentinelles et pollinisatrices indispensables à notre survie – signifierait une lourde menace pour l’humanité tout entière. La République des butineuses fait figure de modèle à méditer pour la société humaine. Dit par Michel Onfray, le poème est traité par couches, tel un matériau plastique auquel la musique de Jean-Luc Therminarias insuffle une stratification rehaussée par un souffle électro. » Les Escales Improbables de Montréal

Texte Michel Onfray
Direction Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra
Musique Jean-Luc Therminarias 
Percussions Jean-François Oliver 
Images François Royet
Lumières Renaud Lagier 
Costumes Annick Serret 

Coproduction Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie, Théâtre du Crochetan, Suisse

La saison du Crochetan en vidéo

Toute la saison 2012 / 2013 du Crochetan en une dizaine d’extraits des spectacles présentés.

Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki (Anatoli) - le 22 septembre 2012

Les 7 doigts de la main (La Vie) – les 5 et 6 octobre 2012

Kyasma (Symphony for Technology) – le 10 octobre 2012

Alonzo King LINES Ballet (Refraction et Rasa) - le 22 novembre 2012

Jean-Louis Trintignant (Trois poètes libertaires) – 4 décembre 2012

Imany – 12 décembre 2012

Semianyki – le 18 janvier 2013

Comment ai-je pu tenir là-dedans? – le 3 février 2013

Cirque Alfonse (Timber !) – les 15 et 16 février

Florin Niculescu – le 7 mars 2013

Compagnie Alias (Le poids des éponges) – le 9 mars 2013

Davaï Davaï – le 2 avril 2013

Luc Petton&cie (Swan) – le 26 avril 2013

Rosario Toledo (Del primer paso) – le 8 mai 2013

Pippo Delbono (Dopo la Battaglia) – le 15 juin 2013

La Sagesse des abeilles

        photo: Tristan Jeanne-Valès

60 000 abeilles et nous et nous et nous…

La Sagesse des abeilles – spectacle événement et ses dérivés

13 – 15 juin 2012
Une pollinisation poétique, c’est ce mariage entre un phénomène naturel et un geste artistique que propose le théâtre du Crochetan, en cette fin de saison ; une saison que Lorenzo Malaguerra, directeur de l’institution et metteur en scène, place jusqu’au bout sous le signe de la biodiversité culturelle.

Du 13 au 15 juin, 60 000 abeilles – bien vivantes – seront les reines de la scène et les seules actrices d’un spectacle littéralement extra-ordinaire : La Sagesse des abeilles. Cette proposition singulière et collective est signée par le quintette franco-suisse : Michel Onfray, Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra, Jean-Luc Therminarias et François Royet.

A cette occasion, une série d’événements en partenariat avec diverses institutions de la ville de Monthey est programmée : rencontre-conférence, menus mellifères, dégustations de vins et de saveurs dérivées du miel, parcours pédagogique et spectacle tout public.

Ce spectacle ne se conçoit pas sans l’idée de pollinisation. Où qu’il tourne, il génère des actions hors scènes qui permettent de mieux comprendre la société des abeilles et de sensibiliser à leur rôle fondamental pour l’environnement et notre quotidien. Aussi les abeilles du spectacle sont-elles toujours locales. Au Crochetan, ce seront des Montheysannes. Les ruches, trois au total, sont installées sur le toit du théâtre depuis fin mai. Leurs occupantes, ouvrières aimables et disciplinées, feront goûter le miel du terroir. Grands pots pour les gourmands et petits pots pour les enfants seront en vente. Les étiquettes ont été réalisées par une élève de l’école primaire de Monthey, dans le cadre d’un concours élaboré par trois étudiantes de l’Ecole de Commerce et de Culture générale de la Ville.

Télécharger les images du spectacle : www.flickr.com/photos/crochetan-images

Contact

Eva Cousido

T 024 475 79 11

eva.cousido@monthey.ch

 

La Sagessse des abeilles – création

du 13 au 15 juin 20h30

texte Michel Onfray ; mise en scène Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild ; son Jean-Luc Therminarias ; images François Royet ; distribution 60 000 abeilles montheysannes ; interprètes (voix enregistrées) Sam Ashley, Jacqueline Imbert, Michel Onfray, David Moss, Stéphane Pelliccia, Michel Onfray, Ania Temler. Durée 50’

Qui peut voir dans la ruche républicaine

Une métaphore de la monarchie ?

La Sagesse des abeilles

Sur scène : des abeilles, 60 000 au bas mot, évoluent dans un écrin d’images et de sons. Guidées par la lumière le long d’un parcours fermé, elles donnent vie à l’inanimé grâce à l’ingéniosité d’un dispositif surprenant. Le bruissement des essaims s’accordent aux voix des hommes, l’espace d’un instant où le chœur des interprètes rejoint celui des abeilles, puis s’éteint comme se termine un concert rock. Ici, Eros et Thanatos, le bien et le mal avancent solidaires dans l’ombre du vieux sage Démocrite. C’est à lui que l’on doit la théorie atomiste qui affirme que le mouvement n’est possible que grâce au vide et que l’interrelation du vide et du plein est nécessaire à l’équilibre du monde – résultante d’une combinaison d’atomes.

La Sagesse des abeilles, sous-titrée Première leçon de Démocrite, touche à la prouesse et à la performance. Ce périple lyrique dessine une cosmologie républicaine, où les insectes indiquent le chemin. Une fable marquée du sceau de la magie qui invite à prendre conscience du deuil qu’il nous faudra porter si les abeilles continuent de disparaître et la poésie d’être escamotée.

Un hommage aux abeilles et à la communauté des Hommes.

 

A l’origine de cette création franco-suisse, la rencontre entre Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild, metteur en scène et directeur de la Comédie de Caen. Et cette question urgente : que s’est-il passé pour que l’Homme ne parvienne plus à dialoguer avec son environnement, au point de le menacer et, du coup, de se menacer lui-même ? Déterminés à travailler ensemble sur le rapport de l’Homme à la nature et, plus précisément, sur la disparition massive des abeilles – le syndrome d’effondrement des colonies – les deux metteurs en scène passent commande d’un texte au philosophe Michel Onfray, qui a précédemment imaginé Le Recours aux forêts pour Jean Lambert-wild. Ce sera La Sagesse des abeilles.

« Habituellement, on présente l’abeille comme un animal privé d’intelligence, symbole même de la prédestination et de l’incapacité au jugement. De sorte qu’elle fonctionne comme modèle politique pour ceux qui aspirent aux sujets décervelés tout à la dévotion de leur reine.

Or l’examen de la ruche montre tout autre chose : c’est une vertu privée, en l’occurrence l’entraide, qui contribue à la vertu publique, l’excellence d’une communauté en état de marche.

La Sagesse des abeilles commence sur la tombe d’un père mort et se termine dans les astres, en passant par un trajet vers l’étoile polaire, une naissance dans un quartier de bœuf décomposé, une réincarnation d’hommes doux, l’âme d’un mort comme condition de possibilité de l’éloquence d’un fils, une méditation sur le cosmos et les figures du destin, une anti-fable des abeilles, une cérémonie orgiaque destinée à des initiés, des libations en l’honneur des solstices, une célébration des républiques de ces mouches à miel, une généalogie du mal, une leçon donnée par un essaim… Sur le mode lyrique et poétique, ce texte prend place, après Le Recours aux forêts, comme la première leçon d’un Démocrite ayant commencé à scruter le ciel pour y trouver les leçons données par le cosmos aux hommes. Cette sagesse donnée par les abeilles invite au surhumain – qui est tout simplement connaissance du rôle architectonique de la volonté de puissance, amour de ce savoir et, de ce fait, obtention d’une jubilation qui sauve du nihilisme. »

Michel Onfray

Le texte est édité dans la collection Incises, Editions Galilée, Paris, 2012.

En vente au théâtre.

 

 

 

 

Autour du spectacle, un parcours mellifère

Du 21 mai au 30 juin

Un toit pour les abeilles

Exposition. Médiathèque de Monthey

Lu, ma, je et ve 16h à 19h ; me 14h à 19h ; sa 9h à 12h

Découvrez la vie fascinante des abeilles et leur organisation grâce aux panneaux didactiques du sentier apicole de Morgins. Ce parcours, de 5 km environ, remonte la Vièze depuis Morgins. Une invitation à l’emprunter, après avoir tout appris sur les abeilles.

 

Mercredi 13 juin de 8h à 13h

Stand apicole au marché de Monthey

Place du Marché

Et si les abeilles étaient les chantres les plus remarquables de la diversité ? Si c’était là la grande leçon qu’elles nous donnaient ? Ne butinent-elles pas en effet toutes sortes de fleurs, des plaines et des montagnes ? Ne produisent-elles pas des miels multiples, aux textures, aux couleurs, aux senteurs et aux saveurs variées. A méditer… Et surtout à goûter sans modération au marché de Monthey.

 

Mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15 à 12h

Nasarov le trimardeur

de et avec Stéphane Pelliccia, avec la complicité de Jean Lambert-wild

Spectacle tout public. Entrée libre

Nasarov, l’ouvrier vagabond, va de village en village. Si vous le rencontrez, il vous demandera peut-être de l’eau et – qui sait – un toit. Il vous racontera ses histoires de voyage et ses rencontres de moins en moins fréquentes avec ses amies les abeilles. Il finira sans doute par sortir l’hydromel, le miel et le pollen avant de disparaître…

En argot, le chemin se dit « trimard ». Avec ce seul en scène, Stéphane Pelliccia offre un conte frugal où l’homme renoue avec la nature et la simplicité d’une vie qui le réconcilie avec lui-même et avec ses frères humains.

Attention spectacle nomade

mercredi : Chapelle du Pont, Place du Marché, Monthey

jeudi : Terrasse de la Tomate Bleue, 6 place de Tübingen, Monthey

vendredi : en face de l’atelier floral Les Capucines, rue de l’Eglise, Monthey

 

Mercredi 13 et jeudi 14 à 19h

Dégustation de vins et de miels

Théâtre du Crochetan

En partenariat avec Varone Vins et la société d’apiculture de Monthey

Ou comment les vins entrent en résonance avec les miels…

 

Jeudi 14 et vendredi 15 à 22h

Menu mellifère

Café-restaurant du théâtre du Crochetan

Sfr 65.-

Julien Gaussares, cuisinier du chef Mauro Capelli du Café du Théâtre, imagine un menu racé et inventif inspiré par le monde végétal, les écosystèmes fragiles et les terroirs. Autant de saveurs qui révèleront le rôle essentiel des abeilles dans notre alimentation, dont un tiers est dû à leur infatigable travail de pollinisation.

Les mets seront accompagnés par les vins de Bernard Cavé à Ollon et Olivier Cosendai à Chamoson.

Ça vous intrigue ? Réservations 024 471 79 70

 

Vendredi 15 à 18h30

Rencontre – conférence

Foyer du Crochetan. Entrée libre

Aujourd’hui, le phénomène est connu sous l’appellation de syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Il a pris l’ampleur d’une épidémie.

C’est en 2006 d’abord qu’il est repéré aux Etats-Unis. L’année suivante, il touche l’Europe avec un pic en 2010, après – semblerait-il – une brève accalmie.

Le sujet fait la une des médias de plus en plus souvent : la disparition massive des abeilles inquiète et met en péril la planète. Certains y voient l’annonce de la fin du monde.
Les chercheurs quant à eux ne cessent d’enquêter. Le parasite du nom éloquent de Varroa destructor est pointé du doigt. Mais presque aussitôt, le débat s’élève chez les scientifiques : les causes restent en réalité inexpliquées. Virus, parasites ou maladies, utilisation de pesticides, réduction des ressources alimentaires des insectes ? L’une ou l’autre raison ? Une combinaison de pathologies ? Mystère.

Ce qui est certain, c’est que l’on se confronte à des ruches abandonnées par leurs habitantes sans trace aucune de ces dernières. Apparemment, elles ne retrouveraient plus le chemin des ruchers et s’égareraient dans la nature, jusqu’à mourir.

Et si l’espèce vient à s’éteindre, quelles conséquences pour les êtres humains ? Quels effets sur notre alimentation, dont une part importante dépend des abeilles, et sur notre survie ?

Ce sont toutes ces questions qu’aborderont Jean-Paul Cochard, président d’honneur de la Fédération suisse des apiculteurs, et Guy Rouiller, président de la Société d’apiculture de Monthey.

Michèle Guigon – La vie va où?

J’aurais pu faire médecine. J’ai fait malade.
Un faisceau de lumière. Avec malice et tendresse, elle se raconte. Une vie, des épreuves. Elle joue, passe du « je » au « jeu ». Elle se promène parmi les petites choses, fait des splendeurs avec des banalités, raconte l’enfance, les mauvaises surprises et les méchantes glissades, et gagne par le rire un peu de terrain sur l’effroi : « Ah, ben oui, on va parler de la vie, donc de la mort, de la maladie, de la vieillesse, on va bien se marrer ! » L’absurde l’emporte toujours : « Combien peut valoir la lettre k dans le scrabble finlandais ? »
En 2007, la comédienne apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Michèle Guigon et son corps attaquent la maladie, de front. Elle en fera l’un des sujets de son spectacle. Par les mots, transformer le mal : « Si on prend soin d’eux les mots nous soignent. » Et rire toujours. Toutes peurs piétinées, elle chante son hymne à la vie retrouvée. Et l’amour, « pourquoi c’est quand il est vide que le coeur est lourd ? » Un tabouret pour seul décor, son accordéon pour unique accessoire. Aucun effet sur le plateau. L’essentiel est dans le regard, les mots, le sourire. Cela suffit absolument.
À quatorze ans, elle entend les mots déterminants de Maïakovski : « Si je ne suis moi, qui d’autre le sera ? » Elle participe plusieurs années à l’aventure du théâtre de Jérôme Deschamps, fonde la Compagnie du P’tit Matin avec Anne Artigau, devient lauréate de la Villa Médicis Hors-les-murs. Vivre pour vivre et être soi-même seront ses seuls projets, elle en fera toutes sortes de spectacles. La comédienne, avec ses complices Anne Artigau et Susy Firth, part à sa recherche du temps perdu. Modeste, tendre et mordante, elle tord le cou aux peurs ; peur des mots, des cancers en tout genre et autres monstres intérieurs ou d’ailleurs. Elle trouve toujours comment faire pour en rire, en sourire, (s’)en jouer.

© Théâtre du Rond-Point

L’Eveil du printemps vu par L’Humanité

La vie, l’amour, la mort pour un rituel initiatique…

Le metteur en scène colombien Omar Porras monte l’Éveil du printemps, de l’auteur allemand Frank Wedekind, une pièce, qui parue en 1891, n’a rien perdu de sa vérité.

Sur le chemin de l’école, ça chantonne, ça chahute. Rien de plus normal. En voilà un, Melchior, qui s’éloigne du groupe, premier refus, têtu, de se laisser happer par les autres. Besoin de s’isoler, de se plonger dans la lecture, de se réfugier dans les philosophes, de trouver, dans les mots, les raisons de son mal-être, de ses premiers émois, amoureux, sexuels. II est rejoint par Montz, bon dernier de la classe mais qui bûche nuit et jour pour ne pas décevoir ses parents. Entre eux deux, une sorte d’amitié qui ne dit pas son nom.

Le groupe se scinde en deux. D’un côté, les garçons. De l’autre, les filles. Face à eux, à leurs rêves de bonheur éternel, l’institution scolaire, l’institution religieuse. Éternels remparts qui se dressent depuis la nuit des temps sur le chemin de la vie. Avec, parfois, le silence complice des parents. Paru en 1891, créé en 1906 après avoir été interdit, L’Eveil du printemps, de Frank Wedekind, est une peinture d’une précision quasi chirurgicale des premiers troubles sexuels chez les jeunes gens (on ne disait pas, alors, adolescents), à la fois cruelle dans sa vérité et onirique dans sa puissance imaginative. Face à l’adversité, aux tabous, à la morale, ces jeunes gens semblent fragiles et forts, indécis et décidés, naïfs et retors. Le passage à l’âge adulte est parsemé d’obstacles. Certains vont le franchirs ans trop de casse, d’autres y laisseront leur peau. Moritz se suicidera Wendla mourra des suites d’une intervention d’une tricoteuse sur ordre de sa mère sans comprendre ce qui lui arrive.

Si la noirceur de la pièce est évidente, l’humour, la vie traversent avec force cette microtragédie dont l’universalité du propos n’est plus à démontrer et qui fut saluée, en son temps, par Freud lui-même. La mise en scène d’Omar Porras (qui a fondé et dirige le Teatro Malandro à Genève), alterne, au rythme des battements des coeurs de ces jeunes gens, des tableaux aux couleurs et éclairages inquiétants, des instants réalistes et d’autres symboliques, toute une gamme de variations esthétiques accompagnées d’une partition musicale qui donne une belle amplitude aux mots, les faisant résonner encore dans les silences. On est séduit par la grâce de ces jeunes acteurs, grimés, emperruqués, costumés, qui passent sur le plateau avec une légèreté enfantine, une insouciance communicative, une gravité qui convoque le rire et le recueillement dans un même mouvement avant que la vie ne reprenne le dessus et poursuive son chemin.

MARIE-JOSE SIRACH

L’éveil du printemps vu par Les Echos

Désirs (dé)bridés, apprentissage du sexe sur le « tas », onanisme, homosexualité, avortement, suicide… « L’Eveil du printemps », pièce sur l’adolescence écrite par Frank Wedekind, créa un tel scandale dans l’Allemagne de 1891 qu’elle ne put être représentée que sept ans plus tard… au siècle nouveau. Cent ans après, l’oeuvre sulfureuse de l’auteur de « Lulu » garde toute sa force corrosive, son caractère de fable initiatique et sa verve poétique. Metteur en scène incandescent, le Colombien Omar Porras en offre une lecture limpide au Théâtre 71 de Malakoff, dans une version ramassée, qui flirte avec l’opéra-ballet.

Dans les premières scènes, on est un peu dérouté par l’esthétique de conte naïf, musical et fantastique - on a peur que l’histoire de cette bande d’ados étouffés par leurs parents et professeurs vire au cartoon. Mais la magie à la Disney explose en vol et retombe vite en pluie noire. Le décor révèle sa troublante ambiguïté : entre forêt enchantée et loft en ruine. Les danses/cavalcades des personnages tournent au sabbat mélancolique. Les gamins enjoués étouffent leurs rires, laissent apparaître leurs failles. Les adultes évoluent comme des pantins monstrueux.

Pudique et âpre

Porras montre tout… et ne rate rien : les tourments du jeune puceau Moritz qui le mènent au suicide ; l’homme libre qui pointe chez Melchior ; l’innocence sexuelle et la sensualité de Wendla. La scène d’onanisme puis d’amour de Melchior avec Wendla dans une pénombre tachetée de soleil ; l’avortement de la jeune fille monté comme un film d’horreur ; le baiser de Hans et Otto sous une neige multicolore ; l’apparition du fantôme nu et blême de Moritz sont les morceaux de bravoure d’une mise en scène à la fois pudique et âpre, détournant avec grâce - et humour parfois -les codes expressionnistes.

Mais ce qui frappe le plus, c’est le rythme et l’énergie du spectacle : les jeunes comédiens formés à l’école physique et spirituelle de Porras éclairent l’action de leur force et de leur justesse. Le printemps irradie dans chacun de leur mots et de leurs gestes. Le texte de Wedekind devient une lave, qui submerge le vieux monde des adultes. Les ados d’aujourd’hui, dans la salle, ont compris le message, qui font un boucan de tous les diables aux rappels pour célébrer le « printemps » d’Omar.

PHILIPPE CHEVILLEY

Oh les Beaux jours vu par BSC News

Par Julie CadilhacBscnews.fr/ Crédit-photo: T.Grabherr/ Ô les Beaux jours est une pièce remarquable tant elle marie avec génie : l’optimisme chevillé au corps – « Ô quel beau jour ça aura été quand même! » – et la réalité terrible du vieillissement inexorable et du délabrement qui l’accompagne, l’absurdité de la vie et toute sa  poésie intrinsèque, l’ennui qui creuse les jours et la tendresse avec laquelle on est attaché à chaque seconde qui passe, les gestes concrets du quotidien et les élucubrations délirantes de la pensée….

C’est un texte qui s’apprivoise, respiration avec respiration, petit bonheur après petit bonheur, et l’on se rappelle cette phrase d’Anouilh prononcée par le vieux roi Créon usé d’essayer de convaincre de vivre son entêtée de nièce , trop jeune pour être capable de faire des concessions:  » Le bonheur est une petite chose que l’on grignote,assis par terre, au soleil « . Oui, cette pièce se grignote, là, avec un plaisir authentique: en compagnie de cette petite dame attachante, on sourit en connivence parce que la pudeur – il semble- assourdit les trop grands excès de rire, on écoute de toutes nos oreilles et c’est une joie de partager un moment de complicité avec cet être ni tout à fait réel ni tout à fait imaginaire.

Pour interpréter un monologue de cette envergure, il faut une comédienne d’exception. Après seulement quatre jours de représentation, Catherine Frot est déjà parfaite.  Sa Winnie est un personnage monté sur ressort, d’une pêche communicative et d’un dynamisme épatant malgré la terre qui entoure son tronc et l’englue dans le sol. Elle aimerait s’envoler, ne plus sentir le poids des lois de la gravité, s’autoriser une escapade loin de ce désert qui gagne du terrain autour d’elle. Avant que les mots ne perdent définitivement leur sens, avant -oui!- que ses derniers compagnons précieux eux-mêmes ne prennent congé, elle les fait tournoyer, virevolter, valser autour d’elle en histoires folles. Elle sait que lorsque Willie l’aura abandonnée à son dernier souffle de vie, lorsque Brownie, le pistolet qui pourrait délivrer, ne sera même plus accessible à ses doigts de même que son si merveilleux sac plein de trésors, il lui restera encore quelques temps le souffle extraordinaire des mots. Catherine Frot, formidablement dirigée par Marc Paquien, est terriblement touchante : drôle dans sa misérable humanité, tendre avec son Willie en même temps que délicieusement loufoque, nostalgique autant qu’épicurienne, elle nous donne une leçon de courage, de dignité; elle distille une énergie communicative et nous invite sous l’égide du grand Samuel Beckett  à oublier les pisse-froid, les rabat-joie qui disent  » A quoi ça rime…? » sans n’avoir jamais su à coup sûr ce que rimer veut dire…

« Dans une étendue désertique d’herbe brûlée se dresse un petit mamelon aux pentes douces dans lequel Winnie est enterrée, d’abord jusqu’au-dessus de la taille. Winnie se souvient qu’en la voyant, un passant s’était demandé : «  À quoi ça rime ? … fourrée jusqu’aux nénés dans le pissenlit… ça signifie quoi ? ” ( Samuel Beckett, Ô les beaux jours – Editions de Minuit)

Ô les Beaux Jours de Beckett

Mise en scène: Marc Paquien

Avec Catherine Frot et Pierre Banderet

Décor: Gérard Didier
Lumière Dominique Bruguière
Costumes Claire Risterucci
Maquillages Cécile Kretschmar

Le 26 mai 2012 au Théâtre du Crochetan, Monthey, Suisse. Rés. +41 (0) 24 471 62 67 et www.crochetan.ch

Hänsel et Gretel vu par la TSR et Le Temps

Interview et extraits du spectacle, TSR, le 16.12.2011. Cliquez ICI

 

Critique du Temps, le 24.12.2011

Les frères Grimm ou l’appétit de vivre

Khadidja Sahli

Critique de «Hänsel et Gretel» au Petit Théâtre de Lausanne

Hänsel et Gretel avalent leur soupe en silence. Lui porte un pyjama, elle une jupette à carreaux. Sur la scène du Petit Théâtre, tout est gris, les corps comme les esprits. Derrière une table nue sur un plan incliné, les parents et leurs enfants; autour d’eux, des planches dressées vers le ciel dessinent les parois d’un modeste logis. C’est un huis clos, le drame couve.

Ces enfants-là, ce sont ceux des frères Grimm. Ils ont faim et réclament leur dû haut et fort. Mais leur cri n’est pas teinté de désespoir. Il résonne comme un acte de foi. Cet appétit de vivre, c’est ce que le metteur en scène Cédric Dorier insuffle au conte. Il ne transpose pas seulement l’histoire des Frères Grimm, affirmant que ce drame est d’hier comme d’aujourd’hui. Il en réactive aussi la cruauté. Et si on est pris, c’est que les acteurs ne contrefont pas l’enfance, ils la revivent à corps perdu.

Cette qualité d’émotion, c’est celle que transmettent dans les rôles principaux Pascale Güdel et Cédric Simon, deux jeunes comédiens. On tremble avec eux. Cette scène par exemple: Hänsel et Gretel captifs de la rumeur des bois. Autour d’eux, des arbres gigantesques – les planches du début sont devenues des troncs. Sous la tente qui les abrite, leurs cœurs palpitent dans un halo de lumière. L’image est aussi belle que simple.

La nuit voulue par Cédric Dorier et l’auteur franco-québécois Denis Lavalou est trouble. De cet effroi, on dira qu’il est presque doux. Christian Robert-Charrue et Christiane Sordet, respectivement dans les rôles du marchand de sable et de l’ensorceleuse, injectent une malice tendre dans la partition. Il faut entendre Christiane Sordet appâter les enfants en chansons – texte et musique de Daniel Perrin, parfaitement intégrés à l’action. A la fin, au bord de la scène comme en bordure de fiction, apparaît la fameuse maison en pain d’épice. Et si on avait rêvé?

Au Crochetan le dimanche 29 janvier 2012 à 17h00

L’Ecole des femmes vue par la Tribune de Genève

Molière, servi avec humour et délicatesse, voit son «Ecole des femmes» déborder sur la nostalgie et la poésie.

C’est un potage délicieux que sert Jean Liermier à Carouge. Car si la femme est celui de l’homme, pour un Molière en pleine verve critique de la misogynie, celui que distribue le metteur en scène et directeur du théâtre n’a rien de la soupe épaisse ou du bouillon clairet.

Son Ecole des femmes se déguste en effet à petites lampées. Ainsi, après chaque cuillère de texte savourée se dégage un parfum nouveau, tantôt cynique,
tantôt grotesque, tendre, rêveur, poétique ou philosophique. Nourrissant, en somme. Mais sans lourdeur.

C’est que le Français avance, de Molière à Marivaux, sur la crête de l’épure. Et qu’au fil de ses réactualisations d’œuvres du répertoire classique, il allège son bagage moderne pour renouer avec l’intemporalité suggérée par chaque ouvrage. Avec de plus en plus de légèreté dans sa liberté.

Belle aventure, donc, que cette «Ecole» dépouillée où les protagonistes s’affairent autour d’une immense souche (Arnolphe n’en a-t-il pas retiré son deuxième nom?) dressée à jardin. Derrière, le ciel.

Entre les branches de l’arbre mort (possession et contrôle ne sauraient s’inscrire dans la vie!), une cabane isolée du monde. Une échelle, un rideau et quelques rares accessoires complètent le beau décor simple, signé Yves Bernard. Jean Liermier utilisant chaque détail avec finesse. Un style…

Quoi de plus, donc, pour raconter l’évidence et l’indépendance de l’amour? Rien, si ce n’est le jeu fluide et totalement maîtrisé d’une équipe au diapason de cette savante modestie. Rachel Cathoud (Georgette), Jean-Jacques Chep (Alain), Nicolas Rossier (Chrysalde) et Robert Sandoz (Enrique), sont tous parfaits dans leur rôle.

Evidemment, au centre de la troupe, Gilles Privat est idéal de drôlerie, de cynisme et de despotisme. Mais il ajoute à la tyrannie et à l’hypocrisie d’Arnolphe une fragilité qui finit par le rendre attachant.

N’étant pas vulnérable qui l’on croit, l’Agnès de Lola Riccaboni appuie sa force sur sa sincérité et son naturel. En laissant tomber toute trace d’ingénuité, comme les chaussons qu’elle quitte pour se lancer pieds nus dans une course ivre d’animal libéré, la jeune fille frêle tient avec fermeté l’autorité inébranlable des amoureux. Et Joan Mompart, en guitariste électrique tintinesque, lui répond avec la même vigueur et la même conviction. Horace naïf, mais authentique. Donc inaltérable…

On pourrait croire à de la frivolité dans ce traitement de l’Ecole des femmes. Ce serait sans compter avec l’approfondissement de conception de Liermier, qui, de la petite lumière éteinte au tintement d’une clochette par un Arnolphe déçu, conclut le parcours du macho dans un effondrement de voiles, sur la nuit enfumée de son destin. Une fin tragique à la Don Juan. D’un certain Molière.

Sylvie Bonier