Ecrivain parmi les plus connus et aimés d’Italie, Alessandro Baricco est né à Turin le 25 juin 1958.
Après une thèse en philosophie et un diplôme de piano au Conservatoire, Baricco travaille comme critique musical à La Repubblica puis comme journaliste culturel à La Stampa.
Son amour pour la musique et la littérature a inspiré depuis le début sa carrière de romancier. En 1991, il remporte le Prix Médicis étranger avec son roman Les Châteaux de la colère. En 1993, il publie Océan Mer puis, en 1994, Novecento: pianiste, un monologue théâtral créé spécialement pour l’acteur Eugenio Allegri. Ce texte a également inspiré le réalisateur Giuseppe Tornatore qui en a fait un film La légende du pianiste sur l’océan.
Alessandro Baricco, outre son activité de romancier, a travaillé à la télévision, à la radio et a fondé une Ecole – la Scuola Holden – qui enseigne les techniques narratives.
Novecento: pianiste
Le texte de Baricco met en scène l’histoire d’un pianiste né sur un paquebot, mort sur un paquebot, qui n’en descend pas sa vie durant.
Au-delà de l’originalité de l’anecdote, Novecento réunit plusieurs problématiques intéressantes. Tout d’abord, la figure de l’homme qui navigue sur un bateau parle de notre humaine condition: nous sommes tous embarqués sur un trajet personnel qu’il est difficile de quitter autrement que par la mort. Autre image évoquée, celle du survivant qui, à la façon d’un pensionnaire de l’Arche biblique, échappe au déluge. Et celui qu’on sauve est le pianiste, l’artiste qui sublime le monde, suspendu entre ciel et mer. Le personnage de Novecento offre à l’auteur, plus simplement, l’occasion d’un éloge de la différence: quoi de plus insolite qu’un génie solitaire qui fait corps avec la mer et épouse avec son piano le mouvement des vagues?
La mise en scène de Denis Rabaglia joue la carte de l’isolement, de la fragilité de cet homme perdu au milieu des flots. Posé sur un plateau qui tangue, l’acteur Pierre-Isaïe Duc interprète magistralement le narrateur qui raconte au public cette histoire. Pas d’effets visuels superfétatoires, une bande-son qui souligne là où il faut la dimension émotionnelle du trajet de la naissance à la mort de Novecento. Rabaglia, en réalisateur de cinéma, maîtrise parfaitement l’art du gros plan, la précision des séquences qui commencent et se terminent de façon très nettes.
Il se dégage de ce spectacle, qui ne manque pas d’humour par ailleurs, une espèce de mélancolie qui évoque un temps disparu, un âge d’or de la musique que le narrateur tente d’effacer à coup de whisky. La référence à Scorcese, Coppola et Eastwood, parmi bien d’autres, nous plonge dans l’univers des bars mal famés, habités par les fantômes de ceux qui, un jour, ont existé sous la lumière des projecteurs.
