Sideways rain

Sideways rain ou l’art de la transhumance pourrions-nous intituler ce spectacle. C’est, en effet, une humanité en mouvement perpétuel de jardin à cour qui défile devant nos yeux. L’histoire de ceux qui vivent le temps de leurs traversées de plateau, très belle métaphore de notre passage sur terre.

Le chorégraphe Guilherme Botelho marque avec ce spectacle une transition importante dans son travail. Il avait tracé sa voie dans une forme de danse proche de la danse-théâtre, où les danseurs étaient plongés dans des situations quotidiennes qui tout à coup dérapaient vers un langage du corps exacerbé, témoignant ainsi de la folie de notre monde, de sa beauté également.

Avec Sideways rain, nous assistons à un spectacle sans anecdote, à une danse très tendue qui reste fidèle à cette seule idée de la traversée. On reconnaît bien sûr le travail de Botelho dans la formidable énergie qui est imprimée au mouvement et qui induit un épuisement du danseur. On le reconnaît également à cette force de répétition des mouvements, d’une obstination dans le geste qui est poussée ici à un extrême. Mais là où on on sent que le chorégraphe a atteint quelque chose de plus, c’est dans sa réussite à plonger le spectateur dans un univers qui le déconnecte complètement de la réalité. Ce spectacle fonctionne sur une espèce de transe dans laquelle apparaissent des illusions d’optique et où l’arrêt brutal d’un homme et d’une femme qui se regardent alors que la foule passe devant eux fait exploser la puissance d’une rencontre. C’est donc bien à autre chose qu’à un spectacle auquel le public est convié; il s’agit bien plutôt d’une expérience sensitive et émotionnelle qui nous emmène dans les profondeurs de notre histoire commune.

SIdeways rain, jeudi 30 septembre à 20h30 au Crochetan

Novecento: pianiste

Ecrivain parmi les plus connus et aimés d’Italie, Alessandro Baricco est né à Turin le 25 juin 1958.

Après une thèse en philosophie et un diplôme de piano au Conservatoire, Baricco travaille comme critique musical à La Repubblica puis comme journaliste culturel à La Stampa.

Son amour pour la musique et la littérature a inspiré depuis le début sa carrière de romancier. En 1991, il remporte le Prix Médicis étranger avec son roman Les Châteaux de la colère. En 1993, il publie Océan Mer puis, en 1994, Novecento: pianiste, un monologue théâtral créé spécialement pour l’acteur Eugenio Allegri. Ce texte a également inspiré le réalisateur Giuseppe Tornatore qui en a fait un film La légende du pianiste sur l’océan.

Alessandro Baricco, outre son activité de romancier, a travaillé à la télévision, à la radio et a fondé une Ecole – la Scuola Holden – qui enseigne les techniques narratives.

Novecento: pianiste

Le texte de Baricco met en scène l’histoire d’un pianiste né sur un paquebot, mort sur un paquebot, qui n’en descend pas sa vie durant.

Au-delà de l’originalité de l’anecdote, Novecento réunit plusieurs problématiques intéressantes. Tout d’abord, la figure de l’homme qui navigue sur un bateau parle de notre humaine condition: nous sommes tous embarqués sur un trajet personnel qu’il est difficile de quitter autrement que par la mort. Autre image évoquée, celle du survivant qui, à la façon d’un pensionnaire de l’Arche biblique, échappe au déluge. Et celui qu’on sauve est le pianiste, l’artiste qui sublime le monde, suspendu entre ciel et mer. Le personnage de Novecento offre à l’auteur, plus simplement, l’occasion d’un éloge de la différence: quoi de plus insolite qu’un génie solitaire qui fait corps avec la mer et épouse avec son piano le mouvement des vagues?

La mise en scène de Denis Rabaglia joue la carte de l’isolement, de la fragilité de cet homme perdu au milieu des flots. Posé sur un plateau qui tangue, l’acteur Pierre-Isaïe Duc interprète magistralement le narrateur qui raconte au public cette histoire. Pas d’effets visuels superfétatoires, une bande-son qui souligne là où il faut la dimension émotionnelle du trajet de la naissance à la mort de Novecento. Rabaglia, en réalisateur de cinéma, maîtrise parfaitement l’art du gros plan, la précision des séquences qui commencent et se terminent de façon très nettes.

Il se dégage de ce spectacle, qui ne manque pas d’humour par ailleurs, une espèce de mélancolie qui évoque un temps disparu, un âge d’or de la musique que le narrateur tente d’effacer à coup de whisky. La référence à Scorcese, Coppola et Eastwood, parmi bien d’autres, nous plonge dans l’univers des bars mal famés, habités par les fantômes de ceux qui, un jour, ont existé sous la lumière des projecteurs.