Sideways rain ou l’art de la transhumance pourrions-nous intituler ce spectacle. C’est, en effet, une humanité en mouvement perpétuel de jardin à cour qui défile devant nos yeux. L’histoire de ceux qui vivent le temps de leurs traversées de plateau, très belle métaphore de notre passage sur terre.
Le chorégraphe Guilherme Botelho marque avec ce spectacle une transition importante dans son travail. Il avait tracé sa voie dans une forme de danse proche de la danse-théâtre, où les danseurs étaient plongés dans des situations quotidiennes qui tout à coup dérapaient vers un langage du corps exacerbé, témoignant ainsi de la folie de notre monde, de sa beauté également.
Avec Sideways rain, nous assistons à un spectacle sans anecdote, à une danse très tendue qui reste fidèle à cette seule idée de la traversée. On reconnaît bien sûr le travail de Botelho dans la formidable énergie qui est imprimée au mouvement et qui induit un épuisement du danseur. On le reconnaît également à cette force de répétition des mouvements, d’une obstination dans le geste qui est poussée ici à un extrême. Mais là où on on sent que le chorégraphe a atteint quelque chose de plus, c’est dans sa réussite à plonger le spectateur dans un univers qui le déconnecte complètement de la réalité. Ce spectacle fonctionne sur une espèce de transe dans laquelle apparaissent des illusions d’optique et où l’arrêt brutal d’un homme et d’une femme qui se regardent alors que la foule passe devant eux fait exploser la puissance d’une rencontre. C’est donc bien à autre chose qu’à un spectacle auquel le public est convié; il s’agit bien plutôt d’une expérience sensitive et émotionnelle qui nous emmène dans les profondeurs de notre histoire commune.
SIdeways rain, jeudi 30 septembre à 20h30 au Crochetan
