L’éveil du printemps vu par Les Echos

Désirs (dé)bridés, apprentissage du sexe sur le « tas », onanisme, homosexualité, avortement, suicide… « L’Eveil du printemps », pièce sur l’adolescence écrite par Frank Wedekind, créa un tel scandale dans l’Allemagne de 1891 qu’elle ne put être représentée que sept ans plus tard… au siècle nouveau. Cent ans après, l’oeuvre sulfureuse de l’auteur de « Lulu » garde toute sa force corrosive, son caractère de fable initiatique et sa verve poétique. Metteur en scène incandescent, le Colombien Omar Porras en offre une lecture limpide au Théâtre 71 de Malakoff, dans une version ramassée, qui flirte avec l’opéra-ballet.

Dans les premières scènes, on est un peu dérouté par l’esthétique de conte naïf, musical et fantastique - on a peur que l’histoire de cette bande d’ados étouffés par leurs parents et professeurs vire au cartoon. Mais la magie à la Disney explose en vol et retombe vite en pluie noire. Le décor révèle sa troublante ambiguïté : entre forêt enchantée et loft en ruine. Les danses/cavalcades des personnages tournent au sabbat mélancolique. Les gamins enjoués étouffent leurs rires, laissent apparaître leurs failles. Les adultes évoluent comme des pantins monstrueux.

Pudique et âpre

Porras montre tout… et ne rate rien : les tourments du jeune puceau Moritz qui le mènent au suicide ; l’homme libre qui pointe chez Melchior ; l’innocence sexuelle et la sensualité de Wendla. La scène d’onanisme puis d’amour de Melchior avec Wendla dans une pénombre tachetée de soleil ; l’avortement de la jeune fille monté comme un film d’horreur ; le baiser de Hans et Otto sous une neige multicolore ; l’apparition du fantôme nu et blême de Moritz sont les morceaux de bravoure d’une mise en scène à la fois pudique et âpre, détournant avec grâce - et humour parfois -les codes expressionnistes.

Mais ce qui frappe le plus, c’est le rythme et l’énergie du spectacle : les jeunes comédiens formés à l’école physique et spirituelle de Porras éclairent l’action de leur force et de leur justesse. Le printemps irradie dans chacun de leur mots et de leurs gestes. Le texte de Wedekind devient une lave, qui submerge le vieux monde des adultes. Les ados d’aujourd’hui, dans la salle, ont compris le message, qui font un boucan de tous les diables aux rappels pour célébrer le « printemps » d’Omar.

PHILIPPE CHEVILLEY

Bolivar : fragments d’un rêve

© Julian Arango

Simon Bolivar

Surnommé « El Libertador », il est le symbole de la libération de l’Amérique latine pour toute une génération. Ses principes clairs et simples le conduisent à mener une campagne militaire pour la libération des pays d’Amérique du Sud. Conscient que seule l’union peut conduire à l’indépendance, il le déclare publiquement dans un manifeste. Malgré son succès, trop visionnaire pour son époque, Simon Bolivar est contraint à l’exil. Sa vie, son histoire ont fait de lui un personnage historique.

Teatro Malandro

Une rencontre, une amitié immédiate entre Omar Porras, le metteur en scène et William Ospina, l’auteur font revivre aujourd’hui la vie de Simon Bolivar sur scène. A travers les différents tableaux, ils nous relatent son impossible rêve de voir : les nations libres, les coutumes réformées et donner forme et caractère à ceux qui avaient vécu dans l’invisibilité et l’inexistence.

Le spectacle

Omar Porras offre au public un poème épico-musical dont tous les dialogues s’articulent autour du protagoniste Simon Bolivar. Les musiciens définissent tour à tour le rythme de l’action, le climat mental des événements et la saveur locale des situations. A ses côtés, dix acteurs colombiens jouent, dansent et chantent l’histoire d’une indépendance où les personnages semblent vivre constamment au bord du précipice.

Pour décor, des caisses en bois, empilées sur scène comme dans un grenier, forment une paroi sur laquelle se dessine la carte de l’Amérique latine.

La libération de l’Amérique latine fête ses 200 ans et le Teatro Malandro ses 20 ans d’activité. Un chef-d’œuvre à voir, à entendre et à écouter pour fêter comme il se doit ce double anniversaire.

Omars Porras

Les Spectacteurs

© Marc Vanappelghem

« Nous et Vous formons une seule et même chose ! ». Cette phrase donne le ton du spectacle à venir.

Un portable sonne… On regarde à gauche et à droite, avec une certaine appréhension, on se demande qui a bien pu oublier d’éteindre son téléphone malgré l’annonce d’avant-spectacle. Le spectacle s’arrête, le comédien plonge son regard dans la salle et apostrophe la personne du public.  Le spectacle continue…

S’adresser à nous avec une attention particulière, nous raconter ce qu’est la place du public, montrer que nous sommes un précieux partenaire, un « acteur sans le savoir ». Nous faire comprendre et partager, de manière ludique, les forces et les fragilités de la représentation théâtrale. Une démarche que les comédiens nous proposent tout au long de ce spectacle.

De scénettes en scénettes, les comédiens nous interpellent, nous interrogent et nous font découvrir l’univers du théâtre de l’intérieur.

En fin de représentation, assis les uns à côté des autres, les comédiens donnent tour à tour une approche bien particulière du théâtre… Pour exemple :  » Ne pas aller au théâtre c’est comme faire sa toilette sans miroir. »

A vous, au sortir de la salle de choisir la phrase qui vous parlera le plus.

Le Monde parle de Toâ, de Sacha Guitry

Il ne se passe pas une saison sans que Sacha Guitry (1885-1957) soit joué, surtout dans le théâtre privé. Dans le théâtre public, il a mauvaise cote : facile, factice, misogyne, réactionnaire, voilà ce que l’on entend souvent dire de l’auteur de La Jalousie, pour ne citer qu’une des 184 pièces qu’il a laissées.

Cet automne apporte un démenti à la règle implicite de la rupture entre les deux camps : on trouve Sacha Guitry dans le privé, avec Nono, au Théâtre de la Madeleine, à Paris, et dans le public, avec Toâ, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.

Ces deux productions n’ont rien à voir. Nono est portée par des têtes d’affiche, Julie Depardieu et Michel Fau. Toâ est jouée par une jeune compagnie dont le metteur en scène, Thomas Jolly, a 28 ans. C’est lui qui apporte un regard neuf sur Guitry. A la Madeleine, Michel Fau reste dans la tradition. L’héroïne de Nono est une cocotte qui change d’homme comme de robe.

D’une certaine manière, elle n’existe pas, sinon comme objet du désir masculin dont Guitry dresse un portrait cynique. Il y aurait là une belle matière à réflexion, mais, malgré la présence touchante de Julie Depardieu dans le rôle-titre, le spectacle s’avère vieillot et braillard au point qu’on en sort épuisé.

Du TGP, on sort ragaillardi d’une représentation qui n’évite pas les naïvetés de la jeunesse, mais révèle un metteur en scène. Au cours de sa formation, à Caen puis au Théâtre national de Bretagne, à Rennes, Thomas Jolly n’a jamais abordé Sacha Guitry. Alors il l’a lu, par pure curiosité, et parce qu’il cherchait des pièces qu’il n’aurait jamais vues. Il a été séduit par « un théâtre dont la matière première est l’acteur », et il a choisi de monter Toâ, dont Guitry a fait un film en 1949, l’année de la création de la pièce, elle-même inspirée d’une autre pièce plus ancienne, Florence.

Vigoureuse machine à jouer

Dans le spectacle, les trois sources, entrelacées, dessinent un portrait de l’auteur lui-même : Guitry se met en scène, son narcissisme monstre, violemment attaqué par une de ses anciennes maîtresses, « ce qui met de côté la misogynie, discutable d’ailleurs, de Guitry », dit Thomas Jolly. Avec sa compagnie, la Piccola Familia, il donne à Toâ la vigueur d’une vigoureuse machine à jouer, comme on peut avoir envie de le faire quand on se lance dans le théâtre et qu’on a envie de le réinventer. Sans se mettre d’oeillères.

Brigitte Salino, Le Monde, 12.10.2010

Toâ, de Sacha Guitry, par La Piccola Familia, le 29 octobre à 20h30

Sideways rain

Sideways rain ou l’art de la transhumance pourrions-nous intituler ce spectacle. C’est, en effet, une humanité en mouvement perpétuel de jardin à cour qui défile devant nos yeux. L’histoire de ceux qui vivent le temps de leurs traversées de plateau, très belle métaphore de notre passage sur terre.

Le chorégraphe Guilherme Botelho marque avec ce spectacle une transition importante dans son travail. Il avait tracé sa voie dans une forme de danse proche de la danse-théâtre, où les danseurs étaient plongés dans des situations quotidiennes qui tout à coup dérapaient vers un langage du corps exacerbé, témoignant ainsi de la folie de notre monde, de sa beauté également.

Avec Sideways rain, nous assistons à un spectacle sans anecdote, à une danse très tendue qui reste fidèle à cette seule idée de la traversée. On reconnaît bien sûr le travail de Botelho dans la formidable énergie qui est imprimée au mouvement et qui induit un épuisement du danseur. On le reconnaît également à cette force de répétition des mouvements, d’une obstination dans le geste qui est poussée ici à un extrême. Mais là où on on sent que le chorégraphe a atteint quelque chose de plus, c’est dans sa réussite à plonger le spectateur dans un univers qui le déconnecte complètement de la réalité. Ce spectacle fonctionne sur une espèce de transe dans laquelle apparaissent des illusions d’optique et où l’arrêt brutal d’un homme et d’une femme qui se regardent alors que la foule passe devant eux fait exploser la puissance d’une rencontre. C’est donc bien à autre chose qu’à un spectacle auquel le public est convié; il s’agit bien plutôt d’une expérience sensitive et émotionnelle qui nous emmène dans les profondeurs de notre histoire commune.

SIdeways rain, jeudi 30 septembre à 20h30 au Crochetan

LANCEMENT DE SAISON 10-11 RÉUSSI !

Vernissage de l’exposition, spectacle lundi, mercredi et samedi… Une semaine dense mais ô combien enrichissante, remplie d’émotions, de découvertes et de voyage.  

Voyage que je vous propose tout au long de cette saison, à travers ce blog, pour vous dévoiler quelques instants de la vie d’un théâtre.    

Débutons-le par le vernissage de l’exposition « En lien » qui s’est déroulé au coeur de la nouvelle galerie, réaménagée et renommée « Théâtre des expositions ».    

Vernissage de l'exposition "En lien"

Le même soir, nous avons assisté à la représentation de « La Tragédie comique » avec Yves Hunstad, comédien à la gestuelle parfaite (comme l’on n’en avait plus vu depuis longtemps) et au sens de l’humour délicat. Tout au long du spectacle, il nous parle, nous invite dans le jeu. Il nous dévoile son  personnage et se dévoile lui-même.  

Tout juste le temps de se remettre de ce chef-d’oeuvre et nous voilà déjà au spectacle suivant  : « Voyage » , toujours avec Yves Hunstad et 6 autres comédiens. Tous à leur manière, ils nous ont emmenés sur la route sinueuse des sentiments, du monde et de l’autre monde.  

Deux jours, deux spectacles… montage et démontage s’enchaînent dans une ambiance décontractée mais toujours avec le souci du détail. Le perron s’habille pour la soirée du mercredi et le foyer se colore, et peut-être l’aurez-vous remarqué, le ton s’harmonise avec l’affiche du spectacle.  

Habillage du perron

Le foyer s'harmonise au spectacle

Cette soirée de samedi a vu résonner la salle d’éclats de rire… Une scène avec un décor réduit à sa plus simple expression pour deux comédiens dont la seule présence suffit à occuper tout l’espace scénique ! 

  

Il s’agit en effet de François Morel et Olivier Saladin dans « Bien des choses ». Ils décortiquent, dans ce spectacles, les travers de nos rédactions estivales avec subtilité et vivacité. Un échange de correspondance vivant, drôle et émouvant parfois . 

Jeudi à l’affiche « Novecento : pianiste », joué, raconté, conté telle une belle histoire par Pierre-Isaïe Duc. 

     

Voyage, premier épisode

Après La Tragédie comique, la compagnie belge La Fabrique Imaginaire présente au Théâtre du Crochetan sa dernière création Voyage, premier épisode. Ce spectacle joue, comme le premier cité, avec la frontière qui sépare réalité et fiction, scène et salle, acteur et personnage. Mais son propos ne concerne pas, contrairement au premier, le théâtre. Voyage nous emmène sur le terrain de la science, et plus précisément sur la question des états de conscience: que se passe-t-il dans la tête de quelqu’un qui serait plongé dans un coma profond? A quoi rêve-t-il? Pense-t-il? Quelle est sa perception du temps et de l’espace? Toutes ces questions, La Fabrique Imaginaire les a abordées avec l’aide du neurologue Steven Laureys, dont vous pouvez suivre un entretien sur le lien suivant: http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_24569/a-la-croisee-des-sciences

La relation entre théâtre et science n’est pas nouvelle. Et il est assez intéressant de remarquer que les dramaturges et les metteurs en scène se sont souvent, au cours de l’histoire, intéressés au monde scientifique. Parmi plusieurs raisons, l’une d’elle est sans doute que l’état de recherche théâtrale ressemble à celle de la recherche scientifique, faite de tâtonnements et d’hypothèses successives. Une autre raison, très liée aux aspects techniques du théâtre, réside dans le fait que la technologie est de plus en plus présente dans les spectacles: sons, lumières, projections, effets spéciaux de plus en plus élaborés. Une dernière raison à titre d’exemple est à chercher du côté de l’éthique et des questions que les découvertes scientifiques font surgir à toute l’humanité, questions abordées également depuis les origines du théâtre (Faust, par exemple). Pour la Fabrique Imaginaire, la science est abordée du côté du mystère, de tout ce qu’il reste à découvrir, du terrain en friche. Métaphoriquement, la scène, dans ce spectacle, est un plateau nu.

A partir de là, la scène devient l’endroit de tous les possibles puisqu’il n’y a plus de réalité représentée. Ou plus précisément, il existe des infinités de réalités parallèles les unes aux autres qui se rencontrent parfois au hasard des situations de la vie. La scène du théâtre devient la concrétisation d’une multitude de lieux possibles, tout étant affaire d’imaginaire et de situations de jeu entre les personnages. Mais comme à chaque fois dans les spectacles de la Fabrique Imaginaire, ce qui sans doute fait la marque de la compagnie, la scène n’est pas coupée de la salle. Scène et salle sont unis dans une même énergie où la frontière entre les deux est parfaitement perméable. C’est certainement ce qui explique en partie le vertige ressenti par le spectateur qui se voit embarqué dans la même histoire que les personnages et vit avec eux les accidents, les difficultés et les joies qu’ils traversent.

On peut donc dire que les possibilités de suggestion du théâtre sont poussées ici à leurs limites et que l’imaginaire du spectateur habille la scène de décors désormais inutiles. Tout ici est affaire de manipulation, tout ici souligne la puissance incroyable d’un art du direct, d’un art où l’image n’est pas imposée par un décor ou par une lecture unilatérale de l’oeuvre mais où elle est induite par l’acteur qui bouge et qui parle. D’où cette impression si étrange de se sentir éveillé dans un état d’apesanteur propre au rêve.

Voyage, premier épisode, par la Fabrique Imaginaire, le 15 septembre à 20h30

La Tragédie comique

Tragédie comique

La Tragédie comique nous parle de l’éternelle question de l’acteur et de son personnage. L’acteur est fait de chair et de sang alors que, pour paraphraser Shakespeare, le personnage est fait de l’étoffe dont les rêves sont faits. Un être de chair d’un côté, un être de songe de l’autre.

Et pourtant, le personnage n’est pas moins réel que l’acteur, qui lui donne vie sur la scène soir après soir ; bien plus réel que l’auteur, qui lui a donné l’éternité une fois pour toute. Hamlet existe ; Don Juan existe ; Antigone continue à exister 2’500 ans après la mort de Sophocle.

Luigi Pirandello, l’immense dramaturge sicilien du début du 20e siècle, nous a magnifiquement montré dans sa pièce Six personnages en quête d’auteur que les personnages peuvent avoir une vie propre qui échappe complètement à celui qui leur a donné naissance. Dans cette pièce, six personnages débarquent sur scène durant les répétitions d’une troupe de théâtre. Six personnages qui cherchent l’auteur qui pourra raconter la fin de leur histoire. Mais comme nous sommes au théâtre, les personnages de la troupe, supposés jouer des êtres réels n’en sont pas moins des personnages pour le public qui regarde. Et les personnages qui représentent les personnages en quête d’auteur obtiennent peu à peu un statut de réalité qui a pour conséquence que le spectateur ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. En vérité, Luigi Pirandello réussit l’exploit d’abolir cette frontière entre réalité et fiction, frontière synonyme de sécurité pour le spectateur qui peut se permettre d’être effrayé par un dragon qu’il sait ne pas être réel. Avec Pirandello, le statut du dragon n’est plus aussi clair que cela.

Le travail de la Fabrique Imaginaire, dont les deux membres fondateurs sont Eve Bonfanti et Yves Hunstad, est absolument exemplaire de cette « fabrication du doute ». Dès la première seconde de leurs spectacles, il est rigoureusement impossible pour le spectateur de savoir à quoi, à qui il a affaire, à quel moment commence le spectacle, et cette confusion donne lieu à d’innombrables quiproquos. Plus que cela, leurs spectacles, à l’exemple de La Tragédie comique, donnent le vertige car toute action scénique et toute parole proférée semblent être accidentelles, parfaitement hasardeuses. Mais pour parvenir à faire douter le spectateur du statut de réalité/fiction de ce qui se passe sur scène, il ne suffit pas de vouloir le faire ; il faut pour cela d’excellents acteurs qui ont la capacité d’agir comme si ce qu’ils sont en train de jouer n’est pas écrit ; comme si les mots qu’ils emploient, les actions qu’ils effectuent leur échappent constamment et qu’ils sont victimes de circonstances extérieures qu’ils ne maîtrisent pas. C’est à ces conditions que le trouble peut naître dans l’esprit du spectateur.

Le nom de la compagnie – La Fabrique Imaginaire – nous permet de comprendre la nature du travail des artistes: il ne s’agit pas d’une fabrique de l’imaginaire mais bien d’une fabrique qui n’existe que dans l’imaginaire partagé de la scène et de la salle. Une fabrique suspendue dans le vide en quelque sorte, où tout donne l’illusion de se construire sur le moment. Rarement théâtre n’est parvenu à un tel degré d’exploration sur lui-même.

La Tragédie comique, avec Yves Hunstad, mise en scène Eve Bonfanti, le 13 septembre à 20h30

Festival d’Avignon

La Cour d’honneur du Palais des Papes, Avignon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grand-messe annuelle du théâtre, le festival d’Avignon est l’occasion pour les programmateurs de faire leur marché parmi les plus de mille spectacles présentés dans le « off » et la quarantaine du « in ».

Dans le « off », pas de sélection, chacun est libre ou presque de venir présenter sons spectacle à condition de trouver une salle pour le jouer. C’est dire qu’on y trouve de tout et sans une connaissance préalable des lieux à fréquenter, des metteurs en scène et des compagnies à suivre, on risque l’ennui et l’épuisement. Certains pays, comme la Belgique, ou certaines régions françaises (Loire-Atlantique, région PACA, etc.), ont bien compris l’intérêt du festival d’Avignon pour la diffusion de leurs compagnies à l’extérieur de leurs frontières. En louant des Théâtres (parfois aussi des espaces vides à l’exemple de la patinoire) à Avignon durant la période du festival, elles assurent une sélection et une promotion de leurs meilleurs artistes. Et quand on sait que le nombre de programmateurs présents avoisine 1’500, on comprend l’intérêt d’une telle opération. Il serait souhaitable que les cantons romands s’unissent pour réaliser quelque chose de semblable afin de présenter une sélection de nos meilleures compagnies de théâtre qui souffrent parfois d’isolement. Le niveau des compagnies romandes n’a rien à envier à celui des autres régions de la francophonie. Cet engagement serait, de plus, beaucoup plus efficace que l’énergie dépensée individuellement pour la promotion de chaque spectacle. Mieux vaut aller là où les programmateurs se trouvent que d’essayer péniblement de les faire venir.

Dans le « in », la programmation est de qualité, toujours à la recherche de formes nouvelles tout en respectant les formes plus classiques. Elle est assurée chaque année par les directeurs du festival qui invitent un artiste associé pour élaborer la nouvelle édition. Cette année, Christoph Marthaler, metteur en scène suisse alémanique, et Olivier Cadiot, écrivain, étaient les deux artistes associés du Festival d’Avignon.

Nous voici donc, en tant que programmateur, à écumer les spectacles du « off » et du « in » afin de trouver les perles rares à partager avec les spectateurs du Crochetan. Le « off », malgré l’abondance de spectacles (ou peut-être grâce à elle), nous a réservé quelques très belles surprises cette année. Vous en découvrirez quelques-uns lors de la saison 11/12…

Quant au « in », nous y avions vu Israel Galvan et Pippo Delbono durant l’édition 2009, deux immenses artistes à découvrir absolument au Crochetan cette saison. En 2010, les très belles propositions n’ont pas manqué, à commencer par le spectacle de Christoph Marthaler dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, spectacle très contesté, très discuté, qui a pourtant comme qualité essentielle de questionner ce lieu si chargé d’histoire et dont les metteurs en scène, souvent, ne savent pas quoi faire.

Au final, sur une quarantaine de spectacles vus, quatre ou cinq se retrouveront au Crochetan la saison prochaine, en fonction des goûts (et des coûts), des équilibres à respecter au sein de la programmation, des agendas parfois très remplis de part et d’autre. Le Festival d’Avignon, s’il est donc une étape incontournable du programmateur, est un des multiples rendez-vous qui nous attendent tout au long de l’année.